SITUATION FAITE AU CLERGÉ
cruellement sentir, non seulement à Paris où Christophe de Beaumont luttait sans repos, mais encore dans la province désolée par de véritables entreprises' schismatiques, malgré tout le zèle que déployaient plusieurs vaillants évêques. Une lettre que l'un d'eux écrivit alors aux religieux de la Trappe donne à ce sujet les renseignements les plus douloureux. Elle est instructive et vaut que nous en citions la majeure partie.
« Nos prêtres sont toujours dispersés, sans ressources et sans protection; on traite toutes choses si mollement à cet égard que la plus grande indifférence ne serait pas pire. Quelque austère que soit votre vie, il y a des jours où la mienne est, sinon plus dure, au moins plus amère... Vous m'avez parlé du grand saint Bernard. Si nous l'avions présentement ayec le don des miracles, sa sainteté éclatante et une éloquence supérieure à tout ce qu'on entendait, peut-être nous serait-il d'un grand secours ; je dis peut-être^ car il y a des temps où tous les yeux sont fermés et où toutes les oreilles bouchées, on ne voit ni entend. Il faut être dans le monde pour en juger; vous n'y êtes pas du tout, et cependant vous sentez le mal. Que serait-ce, avec les sentiments que vous avez, si vous étiez comme nous chaque jour aux prises ?
« Mais ce qui me consterne, c'est les sacrements fréquentés par ceux qui sont déclarés ennemis de la saine doctrine. Je n'aurais nulle peine à vivre parmi les païens ou même les protestants; au contraire, il me semble que ce serait un aiguillon pour mieux faire et pour prier avec plus d'ardeur. Mais quand je vois ceux qui parlent hautement contre l'épiscopat et le Saint-Siège, qui méprisent leurs décisions, nous demander hardiment les