LE DUC D* AQUITAINE
sacrements et les vouloir même malgré les pasteurs, porter les choses jusqu'à les forcer par Tautorité séculière, je ne puis me contenir, et ma peine est d'autant plus grande, que plusieurs pasteurs sont intimidés, cherchant des raisons qui les autorisent à prévariquer sans honte. Je vois les sacrements profanés hardiment et le ministère tomber dans le dernier mépris, cela me fait sécher.
« Vous le dites avec raison, mon cher, une persécution à feu et à sang me ferait en un sens moins de peine, parce que le peuple n'y serait pas trompé ; mais ici il l'est, car, voyant qu'on donne indifféremment les sacrements, il ne peut comprendre qu'il y ait du mal à être dans des sentiments qui ne rendent pas indigne de communier : voilà comment l'erreur gagne et comment le peuple, qui jusqu'à présent n'y a pas donné, s'y engagera inévitablement ^.. »
La naissance du duc d'Aquitaine éclaira soudainement d'un rayon de joie l'atmosphère chargée d'orages. C'était en la fête de la Nativité de la sainte Vierge, 8 septembre 1753. Beaumont avait des motifs particuliers de se réjouir, car nul ne connaissait mieux les rares qualités du dauphin et les vertus exquises de Marie- Josèphe. A ce titre, pouvait-il ne pas se féliciter de voir multiplier sous ses yeux les rejetons d'une famille que d'augustes époux promettaient d'élever pour l'honneur de la religion et le bonheur de la France ? « Que le prince qui vient de naître, écrivait-il, apprenne d'eux à ne point oublier au milieu des grandeurs ce qu'il doit
ï Lettre de Mgr de la Motte à D. Léon, 17 septembre 1753 (Archives de Sainl-Acheul).