‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 216 sur 401 · NÉGOCIATIONS AVEC L'EXIL · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC L'EXIL

est d'autant plus terrible, qu'elle vient de ceux qui devraient protéger l'Église. Il leur importe peu que les sacrements soient profanés et la foi corrompue, pourvu que leur autorité prévale ^ »

Une brochiu*e que les initiés attribuèrent au prince de Conti, avec lequel le roi s'enfermait pour travailler en dehors des ministres, fit pressentir le dénouement qui se machinait de concert avec madame de Pompadour. On savait, du reste, qu'il y avait détente dans la situation, on s'entretenait des négociations ouvertes avec les exilés de Soissons et de Bourges ^, si bien que le gouvernement n'en était plus qu'à chercher un compromis pour ménager, tout ensemble, et la dignité de la magistrature et celle du pouvoir. Il n'y eut bientôt plus de doute possible sur le prochain rappel du Parlement, quand le bruit s'accrédita que le procureur général d'abord, puis le premier président de la Grand'- Chambre avaient été mandés à Versailles.

Christophe de Beaumont aurait-il été ignorant de ces rumeurs, que la recrudescence des manifestations haineuses l'eût averti du sort qui l'attendait au retour de ses adversaires, rendus désormais intraitables. C'est au point que ce retour des magistrats exilés parut avoir été retardé jusqu'après la fête du 15 août, pour éviter que leur présence dans le cortège du vœu de Louis XIII ne devint l'occasion d'avanies publiques à l'adresse de l'archevêque ^. Le duc de la Rochefoucauld, son ami,

1 Lettre du 25 mai 1754 à une carmélite d'Avignon (Archives de Saint- Acheul).

* La Grand'Chambre avait été, le 12 novembre 1753, transférée de Pontoise à Soissons. Nombre de conseillers étaient exilés à Bourges.

8 Cf. Barbier (t. VI, p. 42).

ATTITUDE DE l' ARCHEVÊQUE. 263

ayant cru devoir lui conseiller à cet effet une plus grande modération, Beaumont se retrancha dans sa conscience pour rappeler au noble duc que la modération n'est qu'une vertu de caractère, tandis qu'il ne saurait y avoir au monde ni modération de vérité ni modération de justice. « Rien n'étant changé à mes devoirs, rien ne sera changé à ma conduite. »

On ne pouvait mieux dire.

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