‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 227 sur 401 · MADAME DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

MADAME DE POMPADOUR

deux ministres ayant insisté pour qu'on modifiât les mots incriminés, le roi, qui se promenait de long en large, aurait tranché l'affaire d'un coup : « Quod scripsi, scripsi\ »

Quoi qu'il en soit, les magistrats ne voulurent pas attendre à tirer pied ou aile d'une situation dont ils triomphaient insolemment. « Voilà donc, s'écrie un de leurs champions, voilà donc ce Parlenient ci-devant proscrit pour les mêmes choses , et aujourd'hui chargé de toute la confiance du roi pour pacifier le royaume troublé parles ecclésiastiques^. » Jamais, en effet, les deux pouvoirs n'avaient paru marcher en plus parfait accord : l'un agissant par la voie de l'arbitraire , l'autre suivant des lois qu'il interprète à sa guise.

L'archevêque de Paris n'ignorait point que la marquise de Pompadour jouait le premier rôle dans cette bataille des esprits et des consciences. N'était-elle pas, à côté du roi et derrière lui, l'âme de la guerre qui mettait aux prises, tantôt le clergé et le Parlement , tantôt le Parlement et la Gourf C'est elle qu'il rendait responsable de tous les malheurs du temps, elle qu'il accusait d'avoir perverti Louis XV et de travailler à la ruine de la religion par un plan arrêté avec les philosophes, ses amis et ses pensionnaires ^.

Jaloux, ce semble , de justifier à plaisir les accusations motivées de l'archevêque, le Parlement donna ordre, dès le 4 décembre, de sommer l'un après l'autre tous fes prêtres habitués de Saint-Étienne du Mont , pour qu'ils eussent à porter, sans retard, le Viatique

1 Mémoires, t. VIII, p. 381.

=* md., p. 379.

" Cf. Madame de Pompadour^ par Edm. et Jul. de Goncourt, chap. x.

278 INTERDIT d'uN PRÊTRE.

à la fille Lallemand. Un ancien janséniste appelant, nommé René Cerveau , fut assez malheureux que de se séparer de ses confrères et d'obéir à l'injonction. Le même jour, vers trois heures de l'après-midi , il crochetait le tabernacle et courait administrer la moribonde au milieu d'une grande affluence de peuple, toujours friand de ce genre de spectacles.

« Il est, à présent, curieux de voir ce qui arrivera de ceci, écrivait Barbier, au sortir de l'étrange scène , car l'archevêque, quoique exilé , n'en a pas moins l'administration et le gouvernement de son diocèse , et il est très entêté ; d'autant que c'est un honnête homme qui n'agit ici que par conscience ^ »

Au fait, Beaumont ne laissa pas languir la réplique. Un acte d'autorité, parti de Gonflans, interdisait bientôt ce prêtre prévaricateur de toute fonction ecclésiastique en ïnatière de sacrements, à peine de suspense encourue ipso facto^ et sans préjudice des autres pénalités de droit. Le Parlement essaya bien d'user de représailles, en préparant un ridicule appel comme d'abus; il fut réduit à se rejeter sur les vicaires contumaces, qu'il frappa, sans pitié, du bannissement perpétuel, pour les punir d'être restés fidèles à l'obéissance et au devoir.

« Vous avez grande raison, mandait à ce sujet Mgr de la Motte, d'interpréter en mal le silence sur les affaires de l'Église. Elles ne peuvent être en plus triste état. Le roi trompé, non seulement nous abandonne à la poursuite des Parlements, mais semble les autoriser à nous faire tout le mal qu'ils peuvent. Cependant, de partout

ï Journal, t. Vf, p. 83.

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