REPRÉSAILLES CONTRE LES ÉVÊQUES
on nous écrit qu'il ne faut pas encore se plaindre", mais souffrir avec courage et attendre l'Assemblée de 1755 qui, peut-être, pourra toucher le roi, d'ailleurs plein de religion, mais à qui les Parlements se sont rendus redoutables...
« Il ne faut pas parler de paix ni fausse ni véritable ; la guerre est ouverte, car les Parlements sont en usage de décréter de prise de corps les prêtres et de faire vendre les meubles des évêques qu'ils condamnent à des amendes.... Nous écrivons au roi, et peut-être Sa Majesté lit-elle nos lettres. Jamais la religion n'a-t-elle été (sic) en plus grand péril en France ; il n'y a pas deux pouces entre le schisme ouvert et la conduite des Parlements ^»
Nous ne tarderons pas à constater de quelles déceptions fut suivie l'assemblée de 1755. En attendant, le roi, persuadé qu'il aurait raison du haut clergé en se réservant de le frapper lui-rpême , crut faire assez que d'exiler à tour de rôle les évêques de province qui , ' prenant fait et cause pour Christophe de Beaumont , se prononçaient ouvertement contre -la déclaration du 2 septembre. Mais c'est en vain que l'évêque d'Orléans est confiné à Meung, celui de Troyes à Méry-sur-Seine, l'archevêque d'Aix à Lambesc; d'autres prélats, Mgr de Pressy en tête, protestent de plus fort, et tous ceux du Languedoc, assemblés aux États, adressent à Louis XV une lettre collective que Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne, est seul à refuser de signer.
La résistance n'avait pas dit son dernier mot.
Cependant les visites se succédaient à Conflans,
i Lettre du 28 décembre à Dom Léon [Archives de Saint- Aciieul).
280 PÈLERINAGES A CONFLÀNS.
séjour forcé de l'archevêque de Paris ^ Les curés de la capitale, les supérieurs des diverses communautés, nombre de prélats, des gens de cour et des personnes de tout rang, s'empressaient à venir lui présenter l'hommage de leur condoléance et de leur respect. C'était une manière de pèlerinage qui paraissait également tourner à la protestation.
On lira avec intérêt le commentaire qui fut fait alors, en l'honneur du courageux pontife , sur cette parole de l'évangile du temps : Quid existis vider e ?
Qu'êtes-vous allés voir ? Est-ce un faible roseau Flexibje à tous les vents d'un orage nouveau ? C'est un chêne puissant dont la superbe tête S'élève jusqu'aux cieux et brave la tempête ; Un rocher au milieu de la nier, isolé , Battu de mille flots, sans en être ébranlé ; Un pontife, un pasteur, dont la noble constance De lui ravir ses droits fait perdre l'espérance. Malgré lui, de la barque il prend le gouvernail. Tout le fit admirer : vertu, zèle, travail. Faut-il que des enfants, oubliant qu'il est père , Contre lui de son prince excitent la colère !
* Cette maison de Gonflans avait appartenu au sire de Villeroy, secrétaire d'État. Elle devint successivement la propriété du président Verdun, du président Le Jay, de madame de Senecey, dame d'honneur de la reine et du duc de Richelieu. C'est de lui que l'archevêque de Paris (Harlay) l'acquit en 1G95, avec les deniers provenant de l'indemnité de la vente du terrain du Louvre. Il y mourut le 6 août de la même année. Les jardins de cette maison de plaisance avaient été dessinés par Lte Nôtre, qui divisa la partie inférieure en parterres, en allées et en bosquets. Au-dessus s'étendaient trois longues terrasses dont la plus élevée était surmontée d'une balustrade. «M. de Beaumont, qui occupe aujourd'hui le siège do Paris, a beaucoup augmenté les agréments et l'utilité de cet enclos, en faisant renouveler les potagers; il les a rendus plus vastes, et les terrasses en ont été reconstruites en pierres détaille. Les espaliers sont en très bon rapport et dans l'exposition la plus favorable. » {Nouvelles recherches sur la France, 1766, t. I, p. 221.)