RÉPONSE DU ROI
odieusement inquisiteurs eux-mêmes à l'égard du clergé de la capitale, en assignant les curés à leur retour de Conflans^ pour les interroger sur la nature de leurs pourparlers avec Mgr de Beaumont.
Que dirai-je de plus? Prétextant qu'il était de leur devoir d'empêcher toute réunion illicite, ces légistes entêtés de jansénisme faisaient demander ironiquement au roi si de telles assemblées se tenaient aussi « par son ordre. » Le roi répondit par la note suivante, souscrite de sa main :
J'ai vu avec étonnement la marche aussi inusitée qu'irrégulière que mon Parlement a prise pour forcer les curés de Paris à rendre compte des conversations particulières que leur archevêque a eues avec eux. Je désapprouve en tous points cette conduite qui ne tend qu'à atténuer la subordination que les curés doivent à l'archevêque, et qu'à entretenir et augmenter le trouble. Au surplus, que mon Parlement se rappelle continuellement l'esprit de paix et de prudence que j'ai recommandé plusieurs fois; et qu'il songe que, pour peu qu'il s'en écarte, il ne suit pas les intentions que j'ai eues dans ma déclaration du 2 septembre.
La déclaration ! toujours la déclaration î Louis XV ne sortait pas de là. Singulière opiniâtreté de ce pouvoir royal, tout ensemble inconsistant et ombrageux, pour qui la loi de silence — vraie loi de neutralité — restait la panacée incomparable contre de si grands maux !
Mais l'ouverture de l'Assemblée générale du clergé de France était proche, et l'on se prenait à espérer. Quinze jours auparavant, le lundi 12 n^ai, Christophe de Beaumont venait de convoquer en assemblée diocésaine les prêtres et les religieux non exempts, pour préparer, dans la grande salle du château de Gontlans, l'élection des députés ecclésiastiques.
DÉPUTATION A l'ATICHEVEQUK. 293
J'ai dit qu'on attendait beaucoup de l'importante réunion qu'allait bientôt présider le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Bourges. Il est temps de voir si les résultats répondirent à ces ligitimes espérances.
Rappelons tout d'abord, à l'honneur de Beaumont, que le premier soin des députés, après vérification faite des pouvoirs, fut de songer à s'entremettre auprès du roi pour en obtenir le retour de Tarchevêque de Paris. Une députation, composée de MMgrs de Narbonne et de Bayeux, ainsi que des abbés de Beauteville et de Soulange, se rendit à Gonflans pour témoigner officiellement au noble exilé la part que l'assemblée prenait à sa situation, et l'instruire des démarches qu'elle se proposait de faire. Mais de Beaumont supplia avec tant d'instance ses collègues de ne rien tenter en sa faveur, que les évêques crurent devoir se conformer à ce désir et n'insistèrent plus ^
On allait bientôt comprendre pourquoi l'indomptable prélat entendait réserver toute sa liberté d'action. Peutêtre aussi, comme il a été dit, craignait-il de compliquer, par une question purement personnelle, les opérations d'une assemblée devant laquelle se dressaient une foule de difficultés à résoudre.
Cependant les semaines et les mois s'écoulaient, et ces difficultés ne faisaient que s'accroître. « Nous sommes tous d'accord sur les principes, écrivait Mgr de la Motte, mais l'application n'en est pas facile ; nous cherchons des voies de paix, à condition toujours de sauver
ï Cf. Procès-verbal de l'Assomblée de 1755, p. 17.