LIT DE JUSTICE
Louis XV, déjà préoccupé de recourir à un nouveau coup d'éclat, n'hésita plus en voyant les magistrats supprimer, par arrêt du 7 décembre, le bref du pape qu'il venait d'envoyer à chacun des prélats. C'était une injure personnelle qu'on le pressait d'autant plus de venger sans retard, qu'il avait fait davantage pour conquérir naguère à ce bref de conciliation l'archevêque de Paris et les autres intolérants.
Et le Parlement osait bien interdire aux évèques de France de publier la lettre de Benoît XIV, et même de la citer, « sous peine d'être traités comme perturbateurs du repos public H .
Un lit de justice est annoncé pour le 18 décembre. € Tout Paris est dans l'attente de ce grand événement,» écrit d'Alembert. Au jour dit, le roi se rend à la Grand*- Ghambre avec le cérémonial d'usage ^, et fait enregistrer d'autorité trois déclarations dont la première seulement intéresserait notre récit. Contentons-nous de rappeler qu'elle répondit médiocrement à ce que les évêques attendaient des résolutions royales. On ]a trouva même si équivoque, et en quelques points si inexacte, qu'elle put encore fournir des armes aux partis rivaux, sans qu'aucun d'eux se déclarât satisfait ^.
Nous ne dirons rien des mesures de rigueur qui frappèrent la magistrature jusqu'à la décimer. On sait que.
1 Cf. Barbier (t. VI, p. 400).
* La Grand'Chambre était consacrée aux audiences solennelles, aux lits de justice, etc. Son rôle ne portait que des causes majeures. En dehors d'elle,
le Parlement comprenait les chambres des Enquêtes et des Requêtes du palais et des chambres criminelles.
• Les détails de la question purement ecclésiastique sont donnés, fort au long, dans les Mémoires de Picot, t. III, p. 324, seq.