‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 274 sur 401 · DÉMISSIONS EN MASSE · texte numérisé non relu

DÉMISSIONS EN MASSE

le soir même, les membres des Enquêtes et Requêtes démissionnèrent en masse. Le lendemain, la moitié de la Grand'Ghambre avait suivi cet exemple. Il ne resta en charge que les présidents et quelques conseillers, une vingtaine de magistrats sur deux cents, et le cours de la justice fut de nouveau suspendu par insuffisance du nombre des*]uges.

Le Parlemerît se considérait comme dissous de fait. La fièvre des passions, comprimées sans être affaiblies, allait remplacer pour un temps le mouvement des intérêts et des affaires. On s'en prendra naturellement au clergé, le seul, disait-on, qui eût obtenu gain de cause auprès du roi. Telle se manifestait même déjà rexas|)ération de certains esprits, que l'on en était à craindre qu'il n'y eût bientôt dans Paris « quelques jésuites ou prêtres massacrés * ».

Christophe de Beaumont venait d'achever à Conflans, dans l'église paroissiale de Saint-Pierre, l'ordination régulière du 18 décembre, lorsqu'il rççut à ce sujet les avis les plus menaçants. Cette nouvelle n'était pas faite pour déconcerter un caractère comme le sien : il n'en déplora qae plus la tolérance secrète dont jouissait , en raison des démêlés avec le clergé, la propagande des écrits philosophiques auxquels on n'attribuait pas sans fondement une large part du mal.

•Voltaire, au reste, ne se cachait point avec les amis. Il écrivait, un mois auparavant, à d'Alembert : « Pendant la guerre des parlements et des évêques, les gens raisonnables ont beau jeu, et vous aurez le loisir de farcir V Encyclopédie de vérités qu'on n'eût pas osé

1 Argenson (t. IX, p. 370.)

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dire, il y a vingt ans. Quand les pédants se battent, les philosophes triomphent \ y>

Le Parlement de Paris, il est vrai, ne s'était pas montré non plus sans inquiétude sur un pareil état de choses; mais complice inconscient des philosophes mêmes dont il faisait brûler les livres, il encourageait par son exemple « le fanatisme contre l'autorité du roi »', qui était, dit Barbier, général dans Paris, et ralliait dans une opposition commune « tous ceux de la secte janséniste ou un peu républicains^ ».

Le clergé n'était donc pas seul menacé. Une révolte couvait peut-être sous la cendre. Ce n'étaient plus seulement des lettres anonymes contre « le tyran des Français » ou des emportements contre « la coquine du roi ». Bemis, entré au conseil le 2 janvier 1757, parle d'hiéroglyphes dessinés sur le papier, traînant un peu partout, et représentant un balai et un poignard -l

Avant de raconter par quelles manœuvres les ennemis de Beaumont cherchèrent à l'impliquer dans l'affaire du régicide, nous devons revenir un instant sur nos pas, pour rappeler deux ou trois épisodes de sa vie militante, lesquels n'auraient pu trouver place dans notre précédent récit sans en rompre l'unité.

1 Lettre du 13 novembre 1756, datée des Délices.

* Cf. Revue des Deux Mondes du t»' juillet 1878, p. 170.

' Mémoires, t. I, p. 351.

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