LE PARLEMENT A LA RESCOUSSE
ecclésiastique, accusée d'une mollesse coupable dans toute l'affaire Berruyer.
Nous lisons dans leur feuille : « Il sera éternellement dit, à la charge de M. l'Archevêque de Paris, qu'un prêtre et un religieux nestorien, pélagien, socinien, etc.. connu pour tel et convaincu, a joui tranquillement jusqu'à sa mort de tous les pouvoirs de ce Prélat pour la conduite des âmes de son diocèse ^ »
Des hommes ainsi montés à la passion n'avaient plus d'espoir que dans les inimitiés implacables du Parlement. L'abbé Ghauvelin, un des coryphées de la secte, se chargea de leur fournir ample satisfaction-.
Le 13 décembre 1755, il dénonçait à la Cour le livre du jésuite,'qui fut aussitôt remis aux gens du roi chargés de faire leur rapport. Le 9 avril 1756, sur le réquisitoire de l'avocat général Omer Joly de Fleury , V Histoire du peuple de Dieu était brûlée par la main du bourreau, comme suspecte, entre autres méfaits , d'inspirer aux lecteurs « la doctrine ultramontaine sur l'infaillibilité du Pape , sur cette puissance sans bornes qu'une fausse piété lui attribue, sur l'autorité irréfragable de ses décisions, indépendamment du concours , du consentement et de l'approbation des évêques et de l'Église universelle ».
ï Nouvelles de 1759, p. 15.
* C'est de ce conseiller-clerc de la Grand'Chambre , dont le caractère était plus difforme encore que la personne, qu'un de ses contemporains a pu dire : « Malin, caustique, violent, il ne se plaisait que dans le mal, et son esprit faux ne lui permettait jamais d'envisager un objet sous ses véritables rapports. Ce n^était pas seulement de la haine qu'il avait contre les Jésuites, c'était de la fureur et de la rage, et il fut au comble de son bonheur de trouver une occasion d'en donner des preuves éclatantes. » {Du rétablissement des Jésuites et de l'éducation publique^ 1800, p. 66.)
366 UNE VISITE DOMICILIAIHE.
Trois jours après, le 12 avril, à quatre heures de relevée, le conseiller Pasquier, assisté de M"* Dufranc, commis au greffe de la Grand'Chambre, se transportait d'office chez, les Jésuites de la rue Saint- Antoine.
Ils montèrent ensemble au second étage et furent introduits dans une cellule qui avait vue sur le jardin. Le P. Berruyer, cassé de vieillesse et d'infirmités, déjà sous le coup d'une troisième attaque d'apoplexie , était assis sur un fauteuil près de la cheminée. Il écouta en silence la lecture des arrêts le concernant, puis, d'une voix lente qui trahissait l'embarras de la respiration, il protesta de son attachement aux lois de Dieu et du royaume, se défendit contre plusieurs des imputations dont on le chargeait, et termina par ces quelques paroles que j'extrais du procès-verbal :
Si, contre mon intention, mon ouvrage a paru dégrader la majesté de rÉcriture, en altérer la simplicité ; si, dans quelques discussions critiques , j'ai paru m'éloigner des sentiments les plus communs par rapport à l'interprétation et conciliation des textes sacrés, mon erreur à ces égards ne peut venir que de la faiblesse humaine, n'ayant été occupé pendant le cours de ma longue vie que du désir et du soin d'inspirer aux fidèles le goût de la vraie piété , de leur présenter la parole sainte et les Livres sacrés qui la contiennent, comme la règle d'une conduite chrétienne, qui peut seule procurer le salut. Telles sont les dispositions de cœur et d'esprit dans lesquelles j'ai toujours vécu et j'espère persévérer avec la grâce de Dieu.
Le lendemain, Pasquier fut invité à donner connaissance au Parlement de son rapport officiel. Je transcris ici l'arrêt rendu à cette occasion ; il fait suite au procès- verbal :