LE DÉSASTRE DE KOSBACH
Des cinq héritiers que la dauphine avait donnés à la couronne de France, le duc d'Aquitaine était mort au berceau, le duc de Bouiigogne allait bientôt succomber à la fleur de Fâge. On connaît la destinée de ceux qui survécurent
Alors riaient dans Tespérance Trois enfants sous ces nobles toits :
Les deux Louis, aînés de France, Le beau Charles, comte d'Artois.
Le premier expiera un jour, sur Téchafaud, des fautes qui ne sont pas les siennes :
Louis quinze fut le coupable , Louis seize fut le puni.
Frères par la naissance et par le malheur frères , Les deux autres fuiront^ battus des vents contraires : Le règne de Louis, roi de quelques bannis , Commence dans l'exil ; celui de Charle y tombe. L'un n'aura pas de sacre et l'autre pas de tombe. A l'un Reims doit manquer, à l'autre Saint-Denis * !
La déroute de Rosbach (5 novembre) , déroute aussi désastreuse qu'imprévue, vint tout à coup attrister de deuil les fêtes publiques en jetant au pays comme un écho douloureux d'un autre Azincourt. La France entière se vit fatalement livrée à la risée de ses alliés aussi bien que de ses ennemis, et ce sera la honte des philosophes du temps d'avoir pris si gaiement leur parti de cet échec infligé à notre gloire militaire *.
i Victor Hugo^ les Voix intérieures (Sunt lacrymœ rerum).
^ On a souvent répété, en ces derniers temps, la phrase indigne de d'Alem-
LES HOSPItALlÈRKS DE LA MISÉRICORDE. 397
Mais nous ne pouvons pas nous arrêter à ces détails de l'histoire générale, et il nous reste à dire ce que réservaient à Christophe de Beaumont les premiers jours de 1758.
Pour comprendre les proportions incroyables que va prendre une affaire qui parut des plus simples au début, il faut se rappeler combien Tarchevêque de Paris avait à cœur d'extirper des communautés du diocèse le chancre du jansénisme. Son but avoué était de les fournir de supérieures vraiment soumises à l'Église de Jésus-Christ, et nous savons ce qu'avaient entraîné d'embarras, sur ce point, les réformes poursuivies à la Salpêtrière en 1751. Ce fut bien autre chose pour les Hospitalières du couvent de la Miséricorde, au faubourg Saint-Marceau ^ L'histoire en serait curieuse : nous l'abrégerons le plus possible.
L'archevêque, persuadé que cette maison avait également besoin d'une réforme sérieuse, n'ignorait pas que le bruit public accusait la plupart des religieuses de s'y montrer réfractaires à la Constitution^. Dans la
bert, parlant du roi de Prusse : « Pourmoi^ comme Fraoçciis et comme philosophe, je ne puis m'affliger de ses succès. » (Lettre du 11 janvier 1758 à Voltaire.) — On aurait pu citer cet autre passage de Voltaire écrivant à Thierriot, du fond de sa confortable retraite des Délices : « Il ne fait pas bon à présent pour les Français dans les pays étrangers. On nous rit au nez comme si nous étions les aides de camp de M. de Soubise. Que faire ? Ce n'est pas ma faute. Je suis un pauvre philosophe qui n'y prends ni n'y mets ; et cela ne m'empêchera pas dépasser mon hiver à Lausanne^ dans une maison charmante, où il faudra bien que ceux qui se moquent de nous viennent dîner.» (Lettre du 20 novembre 1757.)
1 Cet hôpital^ gouverné par des religieuses de l'Ordre de Sain t-Augus tin, comptait de quarante à cinquante lits. Louis XIV avait fait construire à ses frais une des salles.
' « Plusieurs d'entre elles, » se contente de dire Bernis. Mais un homme de la secte, au courant de tous les mystères, écrivait à cette époque : « Ces filles n'y sont pas dévotes (à la Bulle). Au moins, de trente religieuses qui
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