BEAUMONT LE CONDAMNE
des étranges propositions que le sophiste venait d'émettre sur rârae, la morale, la religion, les principes de gouvernement. On nous saura gré de reproduire au moins les dernières lignes, formule grave de réprobation qui passe en revue les charges accumulées contre l'ouvrage.
« Nous condamnons ledit livre, comme contenant une doctrine abominable, propre à renverser la loi naturelle et à détruire les fondements de la religion chrétienne, comme adoptant pour principe la doctrine détestable du matérialisme; détruisant la liberté de l'homme ; anéantissant les notions primitives de vertu et de justice ; établissant des maximes totalement opposées à la morale évangélique ; substituant à la saine doctrine des mœurs l'intérêt, les passions, le plaisir ; tendant à troubler la paix des États, à révolter les sujets contre l'autorité et contre la personne même de leur souverain ; favorisant les athées, les déistes, toutes les espèces d'incrédules, et renouvelant presque tous leurs monstrueux systèmes, comme contenant un très grand nombre de propositions respectivement fausses, scandaleuses, pleines de haine contre l'Église et ses ministres, dérogeantes au respect dû à l'Écriture Sainte et aux Pères de l'Église, impies, blasphériiatoires, erronées et hérétiques *. »
Telle est la conclusion de ce mandement fameux que Grimm appelle «foudroyant^ », et auquel la feuille janséniste elle-même ne marchande pas un juste éloge, tempéré naturellement par d'amères critiques.
1 Donné à La Roque, en Périgord, le 22 novembre 1758. * Correspondance littéraire, t. II, p. 384.