ÉMOTION PRODUITE
La plus inattendue de toutes est, sans contredit, celle qui attribue le déchaînement des attaques de l'incrédulité à l'estime affectueuse de Beaumont pour les Jésuites, « ces Pères auxquels M. l'archevêque a donné toute ôa confiance, par les yeux de qui il voit, par les conseils desquels il se conduit, et dont il s'est rendu l'organe. » Aussi le prélat est-il invité « à interroger sa conscience sous les yeux de Dieu, et à se demander à lui-même s'il peut se défendre d'avoir une grande part aux ravages que fait parmi nous l'impiété de la fausse philosophie, par la grande influence qu'il a dans les causes qui l'ont produite ou qui en ont étendu l'empire* ».
Elle fut vive, nous l'avons dit, l'émotion causée en haut lieu par l'apparition de ce livre qu'un écrivain de nos joiu«, non suspect de cléricalisme, appelle un « mauvais ouvrage, superficiel, indécent en bien des endroits, et plus fait pour scandaliser encore un vrai philosophe qu'un évêque 2. » On s'en prit au censeur royal, Tercier, alors employé aux affaires étrangères, 0. et qui, n'entendant peut-être pas malice à éette métaphysique, y avait apposé son visa les yeux fermés ^. Comment supposer, en effet, qu'un personnage aussi bien rente qu'Helvétius écrivit rien de contraire à la
1 Nouvelles ecclésiastiques de 1759, p. 13-18.
* Causeries du lundis par Sainte-Beuve, t. II, p. 521,
^ Ce qui donna lieu au couplet suivant :
Admirez tous cet auteur-là
Qui de l'Esprit intitula
Un livre qui n'est que matière ;
Le censeur qui l'examina
Par habitude imagina
Que c'était affaire étrangère.