LE « TUEUR DE PERES
de Beaumont dans ces événements, je m'attacherai de préférence aux détails inédits ou moins connus.
Il faut convenir que les circonstances favorisaient singulièrement ces politiques conjurés avec les philosophes et les sectaires. Le Portugal venait d'engager contre la Compagnie de Jésus un combat dont le retentissement avait été immense en Europe. Brutalement saisis dans leur demeure, des centaines de religieux y pourrissaient encore au fond de cachots infects, ou se voyaient jetés à l'aventure sur les côtes des États pontificaux , après avoir été entassés, manquant d'eau et de pain, à bord de quelque navire de commerce mal approvisionné pour des passagers si nombreux.
On s'étonna, en France, de la facilité avec laquelle les Jésuites avaient subi cet arrêt d'une cruauté basse. Quelques-uns en rirent. Voltaire, après avoir dit que « le chose (le roi) de Portugal a envoyé tous les Jésuites à l'abbé Rezzonico (Clément XIII)* », ne se lasse pas d'admirer « qu'ils ne soient encore chassés que d'un seul royaume ^ ». Patience : Voltaire aidant, cela viendra. « Il faut que je me vante, écrira-t-il un jour, d'avoir le premier attaqué les Jésuites en France ^ ».
Un fait est certain : c'est que la persécution de Pombal ayant réveillé les haines, le défaut de résistance qu'elles rencontrèrent enhardit partout les persécuteurs. Non point qu'on songeât à imiter chez nous les procédés sauvages de ce Tueur de Pères *, mais on espérait arriver au même but que lui par des moyens
1 Lettre au comte d'Argental, 20 octobre 1759.
' Lettre à la marquise du Deffand, 3 décembre 1759.
« Lettre à La Chalotais, 17 avril 1762.
» C'est le nom dont a flétri la mémotre de Pombal : Matador dos Padres.
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