APPROBATIONS. XI
Le jansénisme, qui était né d'une grave erreur théologique, aboutissait à des convulsionnaires en démence, à quelques religieuses entêtées et à un Parlement révolutionnaire.
Celui-ci avait mis la main sur une royauté défaillante qui ne régnait ni ne gouvernait : n'importe, c'était un appui pour tracasser l'Église et ruiner son autorité, et — chose vraiment curieuse — la grosse querelle du Parlement janséniste contre l'Église était que celle-ci refusât les sacrements à des gens qui, justement, faisaient état de n'en jamais user.
La philosophie, de son côté, ravie de voir le jansénisme démolir toutes les choses saintes, attaquait plus directement l'antique foi chrétienne. Elle n'avait, il est vrai, pour elle ni le Parlement ni le roi. Mais d'abord, pour s'approcher du trône, elle comptait avec trop de raison sur une scandaleuse complice. Puis surtout, elle se sentait forte de tout l'esprit de Voltaire, esprit à la hauteur et à la mesure du temps, superficiel en tout ; mais railleur, frondeur, immoral, hypocrite vis-à-vis des dévots, rampant devant les grands, arrogant devant les petits ; — c'est un esprit toujours puissant en France.
Nous suivons parfaitement avec vous, mon Révérend Père, cette double marche de l'hérésie et de la philosophie se concertant contre l'Église ; et, avec vous, en cette commune attaque, nous reconnaissons! la tactique commune, si habituelle à nos siècles modernes, celle qui consiste, pour essayer ses armes, à tirer sur la Compagnie de Jésus.
Effectivement, règle invariable ! en toute guerre contre l'Église, l'escarmouche d'avant-garde se fait contre les Jésuites.
Certes, c'est un grand honneur pour cette illustre Compagnie I II n'a rien moins fallu que toute sa science, toute sa piété, tout son ardent amour pour l'Église, tout son génie pour l'éducation de la jeunesse, tout l'ensemble des grands hommes qu'elle a formés, des beaux livres qu'elle a écrits ; il n'a, dis-je, rien moins fallu que cela, pour mériter à ce degré l'animadversion des hérétiques, les insultes des philosophes, les persécutions inouïes de tous les gouvernements mécréants.
Voici donc en très peu de mots, à la fin du xviii^ siècle, le triste état de l'Église de France prise comme entre deux feux : celui du jansénisme et celui de la philosophie ; et, dès les premiers coups, perdant, pour sa défense, ses plus intrépides soldats.
Mais c'est précisément en des jours semblables, disais-je, que, pour relever et réjouir son Église, Dieu suscite les grands évêques.
Un grand évêque !... Je m'en fais une très haute idéel Mais comment est-ce que je me le dépeins ?
Il se révèle, à mon avis, par deux qualités maîtresses qui semblent être son plus bel apanage. Un inviolable attachement à la plus pure doctrine , une invincible fermeté de caractère.