INTERVENTION DE POMPONNE
lat, les hommes du parti se donnent beau jeu contre les Jésuites, ses amis, qui font célébrer la Pâque à des chrétiens tyrannisés par des passions brutales , en ne leur demandant d'autre préparation que d'aller vite à confesse . « Et M. de Beaumont est comme une souche sur tout cela ! Il ne se signale que par une lettre courte et sèche, où il se contente de nous faire admirer l'héroïque docilité du P. Pichon, sans nous donner un seul mot d'instruction, etsans flétrir son livre d'aucune censure ^ »
Et dire encore que l'archevêque laissait, cette annéelà, treize confrères du P. Pichon prêcher le carême à Paris, sans compter le P. de Beauvais, qui occupait, après le P. de Neuville, la chaire de Notre-Dame !
Il fallait au plus tôt aviser entre gens du même bord. Au fond, ce qui les avait blessés dans le fameux livre , c'était moins l'affirmation si catégorique d'une morale ennemie que le réquisitoire en forme, instruit au cours du dixième entretien contre la doctrine à leurs yeux sacro-sainte du grand Arnauld ^. Gomme on voulait du scandale à tout prix, on circonvint habilement la famille de l'abbé de Pomponne, neveu du célèbre docteur, pour la presser de porter plainte en haut lieu.
L'abbé de Pomponne, chancelier de l'ordre du Saint- Esprit, était celui-là même qui venait de produire quelques jours auparavant, au bénéfice de Christophe de Beaumont , nommé commandeur , la preuve testimoniale des quartiers de noblesse. Il hésitait à s'engager dans une poursuite dont ce prélat, qu'il tenait en par-
1 Sarcelades, t. II, p. 89.
* Le dixième entretien est intitulé : Doctrine et pratique des hérétiques et des schismatiques sur la fréquente communion (édition de Nancy, 1745, p. 187-206).
150 CLÔTURE DE L'iNCIDKNT.
faite estime, risquait de recevoir quelque éclaboussure fâcheuse. Il n'ignorait point d'ailleurs que la maison de Sorbonne pensait en cela comme les Jésuites, d'autant qu'elle ne l'avait jadis élevé lui-même au doctorat qu'à la condition de condamner préalablement Arnauld comme hérétique. Mais le parti s'impatientait de tant de lenteurs, et Pomponne se soumit à présenter au Parlement une requête, en forme de plainte, contre les diffamations dont la personne et les ouvrages de son grand-oncle étaient l'objet dans l'ouvrage du P. Pichon.
Le substitut ayant fait^ son rapport au procureur général, celui-ci ne consentit à donner ses conclusions que lorsque la requête aurait passé sous les yeux du chancelier d'Aguesseau et du premier président Maupeou. D'Aguesseau eut le bon esprit de persuader Pomponne qu'il ferait mieux de demander directement justice au roi et de retirer sa plainte ; lui-même voulait bien se charger d'exposer toute chose à Sa Majesté, pour en obtenir une satisfaction légitime.
L'affaire tourna en négociation. Ce fut une tempête dans un verre d'eau. Déjà, sur le simple vu de la lettre de Beaumont à son clergé , Louis XV, en son conseil . avait retiré le privilège précédemment accordé au livre du jésuite ^ Tout se réduisit à une façon d'excuses dont le chancelier formula les termes dans une lettre au neveu d'Arnauld. En vérité, rien de plus anodin que cette déclaration. Pomponne ne s'en estima pas moins satisfait d'apprendre que le P. Pichon , en combattant les sentiments de son grand-oncle, n'avait pas eu l'intention « d'offenser une famille qu'il, respecte » et sur-
1 Arrêt du conseil d'Elat (15 février 1748).