‹ Christophe de BeaumontChapitre 146 sur 368 · MENÉES DU PARTI · texte numérisé non relu

MENÉES DU PARTI

dogmes de TÉglise catholique et en ne reconnaissant pas sa hiérarchie), les parlements avaient appris à confondre les choses divines et les choses humaines, et à regarder la religion elle-même comme entièrement subordonnée à la juridiction civile. C'est de lui que bientôt les philosophes vont apprendre à ne plus respecter aucune autorité, à se faire des croyances selon leur caprice et à rejeter le jougdetouteautorité gênante. C'est de lui enfin que la cour de Louis XV et, après elle, une partie notable de la nation, apprendront à faire marcher de pair les maximes austères et les mœurs dissolues.)

Cette conclusion, que d'autres ont tirée avant nous, avait été déjà signalée par un contemporain qui ne fut pourtant rien moins que l'ami des enfants de saint

Ignace. « C'est par conviction, écrit l'abbé Le Gendre, et non par des motifs humains que j'ai toujours été antijanséniste, persuadé que je suis que les principes du parti mènent à l'irréligion et au libertinage ^ »

Circonvenu comme Legendre par les adversaires des Jésuites, Desfontaines avait pareillerfient refusé autrefois de se prêter aux mêmes machinations : « Si l'on sçavoit, écrivait-il, les offres considérables et les promesses flatteuses que le parti des jansénistes m'a faites, pour m'engager à lui consacrer ma plume - ! » Il n'est pas jusqu'à J.-J. Rousseau que nous entendrons récriminer, dans sa lettre célèbre à l'archevêque de

ï Mémoires, liv. VI, p. 273. — On n% qu'à se rappeler le grand principe des jansénistes : « L'homme invinciblement fait le bien ou le mal, selon que prévaut en lui le plaisir terrestre ou céleste , la cupidité ou la grâce. »

* Extrait d'une lettre autographe adressée, le 7 janvier 1732, au lieutenant général de police Hérault (Archives des Etudes Religieuses).

ARRET DU CONSEIL d'ÉTAT. 169

tion, signée par plus de quarante avocats, l'engageant à se pourvoir pa7^ les voies d^ appel comme d'abus. Les gens du roi sont aussitôt mis en demeure de fournir leurs conclusions dans la huitaine, mais Louis XV, que ce bruit importune, les mande à sa résidence de Compiègne, et leur fait remettre, par écrit, l'ordre de suspendre toutes poursuites.

En outre, Mgr de Beaumont ayant cru devoir, dans l'intérêt de la vérité historique, protester ouvertement contre le Mémoire du neveu de Goffin, le conseil d'État rendit un arrêt de suppression dont les considérants sont à citer :

Le Roy ayant été informé de l'affectation avec laquelle on a répandu, en moins de huit jours, jusqu'à quatre consultations imprimées sans nom d'imprimeur, qui paraissent souscrites, l'une par vingt-huit, l'autre par treize, la troisième par neuf, et la dernière par quatre avocats au Parlement de Paris, comme si l'on avoit voulu imposer au public par le nombre des signatures, sur une matière aussi importante que celle qu'on a entrepris d'y traiter. Sa Majesté auroit jugé à propos de s'en faire rendre compte en son Conseil, et Elle auroit reconnu que le fond de ces consultations ne pouvoit être attribué qu'à des esprits inquiets et ennemis de la paix, qui ont cherché, par des raisonnements captieux et téméraires, à surprendre la religion des avocats qui ont eu la facilité de les signer, au lieu de donner à ceux qui les consultoient le sage conseil d'attendre, comme enfans de l'Église, les règles qu'elle croiroit - devoir faire observer par ses ministres dans l'administration des sacrements, et, comme sujets du Roy, les précautions que sa sagesse lui inspireroit pour prévenir toute occasion de scandale. Sa Majesté voulant empêcher le mauvais effet que des écrits de cette nature pourroient faire sur des esprits prévenus ou peu éclairés. Elle auroit résolu d'en arrêter promptement le cours, et de continuer par là de donner des preuves de son attention à maintenir le respect qui est dû aux supérieurs ecclésiastiques, et à éloigner tout ce qui

FERMETE DE BOUETTIN. 171

pas justiciable du Parlement pour le fait dont il s'agit. Mandé alors d'office pour comparaître à la barre devant les Chambres réunies, et sommé de décliner en présence de la Cour les motifs de sa résistance , Bouettin .se contente de répondre au premier président : « J*ai rendu compte à Mgr l'archevêque, mon supérieur , des raisons qui m'ont déterminé selon ma conscience ; si Mgr l'archevêque m'ordonne d'administrer les sacrements à M. Coffin, j'obéirai sur-le-champ. »

Les magistrats étaient piqués au vif. En vain ils sollicitent une explication plus catégorique : « Je n'ai point d'autre réponse à faire, réplique tranquillement Bouettin, et j'attendrai les ordres de mon supérieur. » On le fait alors retirer un instant, puis, sur les conclusions des gens du roi, d'Ormesson de Noiseau, premier avocat général, propose de s'arrêter aux résolutions suivantes : le curé de Sàint-Étienne du Mont sera constitué prisonnier dans la conciergerie du palais et mis au secret pour y subir un interrogatoire ultérieur; l'archevêque de Paris sera invité, d'autre part, à pourvoir sans délai à l'administration du malade.

J'ai peine à croire que les conseillers-clercs se soient joints à leurs collègues pour ratifier, dans ces conditions, la prise de corps décrétée contre le P. Bouettin. Telle était toutefois l'exaltation des esprits que le Parlement opina pour rester assemblé, sans s'occuper d'autre affaire, jusqu'à satisfaction complète.

Le Journal de Barbier, prolixe outre mesure à cet endroit, reflète bien cependant les diverses phases d'une aff*aire pour laquelle l'auteur est allé prendre langue en bon lieu. « Tout le monde, dit-il, est curieux de la suite de cet événement qui compromet le Parlement d'un

RÔLE DE l'archevêque. 173

Mgr de Beaumont pour lui porter l'invitation de la Cour : mais ils ne l'avaient point rencontré au palais archiépiscopal. Déjà les malveillants prétendaient que Beaumont venait de se dérober aux responsabilités urgentes : il ne manquait même pas de soi-disant témoins pour affirmer qu'on l'avait vu mettre les chevaux à sa voiture et fuir jusqu'à Conflans. Les hommes du Parlement continuaient à être si animés, qu'on parla encore de renvoyer à l'archevêché les gens du roi , avec ordre de faire chercher le prélat et de l'attendre , « la Cour restant en place jusqu'à leur retour ^ » Ceux-ci^ toutefois, ayant promis de rapporter leur réponse dès le lendemain, se rendirent, le soir même, chez l'archevêque qui avait simplement passé l'après-midi au bureau des pa7wres.

Beaumont les reçut avec la politesse et les égards dont il ne se départait avec personne. Quant aux déclarations qu'il leur fit, on sait, par le témoignage des intéressés eux-mêmes, qu'elles se réduisaient en substance à ces termes :

« Je prie* la Cour d'être persuadée combien je désire que tous mes diocésains puissent recevoir les secours spirituels dont ils ont besoin dans leurs derniers moments. Aussitôt que j'eus connaissance de l'emprisonnement du P. Bouettin, je fis venir les deux vicaires de Saint-Étienne du Mont^ pour les charger de visiter fréquemment le malade , de remplir envers lui tous les devoirs que la charité exigeait d'eux, de lui administrer même les sacrements , dès qu'ils seraient assurés, par la déclaration du confesseur ou par un billet de lui, que

1 Nouvelles HiQ 1751, p. 55.

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