‹ Christophe de BeaumontChapitre 160 sur 368 · GUERRE DE PAMPHLETS · texte numérisé non relu

GUERRE DE PAMPHLETS

de Paris, qu'on a fait des vers affreux contre lui avant la rentrée du mercredi 24 novembre, adressés au Parlement ^ > Sans doute les vers que cite Barbier sont stupides non moins que grossiers ; mais quel régal, pour les farouches de la morale rigide, qu'une de ces gravelures jetée au visage d'un évêque !

On sait, du reste, ce que valait au xvm* siècle cette fabrique permanente de pamphlets qui, sous le nom de noëls, de complaintes, etc., outrageaient hommes et choses, institutions publiques et vertus privées. Des poètes d'occasion rimaient ces grivoiseries coupables et propageaient le scandale sous le manteau; quand ils ne l'inventaient pas, ils le brodaient. A la faveur d'un air connu, cela circulait dans le monde et s'y retenait plus aisément. Il est telle accusation qui a été portée contre d'augustes mémoires, uniquement pour ne point changer une rime difficile que ne fournissait pas Richelet *.

Mais la responsabilité des maux qu'ils engendrèrent doit-elle retomber sur les seuls auteurs de ces jeux abominables? Les désœuvrés qui trouvaient un malin plaisir à s'en faire une distraction de chaque jour étaientils beaucoup moins criminels? Nous ne le pensons pas, car il nous semble qu'on aurait déjà pu écrire ce qu'il faudra bien avouer plus tard, au sujet des odieuses manœuvres dirigées contre Marie-Antoinette : « Les exécrables couplets sur la reine, quoique détestés par tous les bons Français, se recherchent cependant par les amateurs d'anecdotes, et se répandent peu à peu. On

i Barbier (t. V, p. 131).

* Voir une note des Mémoires de Fïeury, 1. 1, p. 208.

CHARITE EPISCOPALE. 199

les lit, en maudissant Tinventeur sacrilège de tant de calomnies ^ »

Eh ! que sert de le maudire, si on Tencourage en lui fournissant des lecteurs?

On n'en admirera pas moins la charité chrétienne de Beaumont, qui, non content de jeter au rebut, sans les lire, ces écrits diversement injurieux, trouvait le secret d'obliger jusqu'aux hommes mêmes dont il avait le plus à se plaindre. « Nous tenons de madame de Marsan, que , l'attendant un jour dans son salon, elle le vit sortir de son cabinet avec quelqu'un qui s'en alla. — Je parie, Monseigneur, lui dit-elle, que cet homme est venu pour vous demander de l'argent (on a su depuis qu'il lui avait donné 1 5.000 fr.) ; vous ignorez donc que c'est l'auteur du libelle publié contre vousf — Je le savais. Madame ^. »

1 Bachaumont (21 février 177G).

' Témoignage de Joseph Treneuil (né à Gàhors, le 27 juin 1763, mort a Paris, le 7 mars 1818). Echappé aux massacres de la Révolution, il fdt chargé de réducation de Tun des membres de la famille de Beaumont, « où sa conduite et ses principes ont laissé des souvenirs et des regrets également honorables. >

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