LE DUC DE BOURGOGNE
cèse. Il répondit aussitôt par un mandement que nous aurions voulu pouvoir transcrire tout entier. Quels accents du cœur, par exemple, dans cette prière qu'on ne peut lire sans émotion, quand on se rappelle les destinées sitôt brisées du jeune prince ! « Ah ! qu'il vive cet auguste enfant, gage précieux et consolant de la protection du ciel sur ce royaume ! Qu'il sorte heureusement des périls de l'enfance, et que l'ange tutélaire commis à sa garde le préserve de tous les accidents que notre affection pour lui nous fait redouter ! Que le Dieu qui nous l'a donné dans sa miséricorde ne nous Vote pas dans sa colère ! ^ »
Mais que ne citons-nous encore cette leçon de vei1;u, si ferme et si délicate, indirectement donnée à Louis XV, dont les désordres n'étaient guère plus un mystère pour personne ? Après avoir demandé à Dieu, pour le jeune duc de Bourgogne, « la piété et l'horreur du vice, » Beaumont ajoutait avec une sainte hardiesse : « En formant de tels vœux pour un prince si cher à toute la nation, nous lui souhaitons ce qui peut seul, selon saint Augustin, faire le vrai bonheur des empereurs et des rois, ce qui est le plus capable de leur attirer le respect et l'amour des peuples, et de leur assurer une gloire que l'éloignement des siècles les plus reculés ne pourra jamais effacer. Nous ne craindrons pas de le dire : la mémoire du plus saint de nos rois sera toujours la plus révérée parmi nous, et nos monarques se glorifieront toujours plus de ce que le sang de ce héros chrétien coule dans leurs veines, que de ce qu'ils descendent d'autres héros dont le principal mérite est
ï Mandement du 15 septembre 1751.
202 UNE PETE DE COLjLEGE.
d'avoir fait des conquêtes et remporté des victoires ^ » Les Mémoires du duc de Luynes fournissent des détails très circonstanciés sur la réception que l'archevêque de Paris fit au roi et à la reine , lorsqu'ils vinrent tous deux, le dimanche 19, offrir leurs remerciements à Dieu dans l'église Notre-Dame ^. On y trouvera pareillement le récit des solennités qui furent célébrées à la métropole, le 31 novembre suivant, pour la visite officielle du dauphin et de l'heureuse mère relevée de ses couches ^.
Mais une fête moins connue, parce qu'elle fut toute d'intérieur, est celle que Mgr de Beaumont vint présider à Louis-le-Grand, le vendredi 1" octobre. Il y avait grande réjouissance, ce jour-là, au collège des Jésuites, où l'on tenait à honneur de manifester les sentiments de tous pour la famille royale et pour la France. Une messe solennelle avait ouvert la fête, un brillant feu d'artifice la couronna.
Vers deux heures de l'après-midi, Christophe de Beaumont, entouré de quinze prélats, d'un grand nombre de seigneurs, magistrats et autres personnages distingués, avait pris place dans la salle des exercices, parée avec autant de magnificence que de goût. Sur un riche fond de tapisseries ornées de gaze d'or et de fleurs, s'élevait un trône surmonté d'un dais de velours cramoisi, enrichi de bouquets de lis et de crépines d'or.
ï II y aurait à faire un rapprochement plein d'intérêt avec la péroraison du discours que le P. Geoffroy prononça, le 24 novembre de la même année, pour féliciter le dauphin et la dauphine qui assistaient à une fêle littéraire du collège Louis-le-Grand. Cf. Augustis parentibus gratulatio (Bibl. Mazarine, 10,370 Z^ n» 7).
* Mémoires, t. XI, p. 233-237.
^ ma., p. 209-290.