ACTE DU CONSEIL d'ÉTAT
i Tel est, en résumé, Tarrêt qui va désormais servir de fondement à toutes les entreprises des tribunaux.
Une ordonnance du Conseil d'État, rendue le 29 avril, ne fut guère moins détestable dans Ten semble^ bien qu'elle prétendît corriger un acte dont elle reproduisait l'esprit, pour ne pas dire la formule. C'était la suite du système de bascule adopté plus que jamais par le gouvernement du roi, lequel n'imagina rien de mieux que d'envoyer cette pièce officielle aux évéques et aux procureurs généraux des Parlements. Dans sa lettre d'expédition à l'épiscopat, Louis XV protestait, comme toujours, de son zèle pour le maintien du respect et de la soumission que méritent les décisions de l'Église ; par contre, il chargeait les hommes de la justice d'exécuter ponctuellement un édit qui se trouvait en contradiction, au moins indirecte, avec les intérêts les plus sérieux de l'Église.
« Vous savez tout le trouble de Paris, écrivit à cette occasion le saint évêque d'Amiens; le roy, d'une part, ordonne à tous ses sujets d'être soumis à la bulle comme à une loy d'État; et le Parlement punit ceux qui exigent cette soumission. Je voudrois savoir ce que le roy s'est proposé par son arrêt du conseil. On voit ce que le Parlement veut, c'est qu'on regarde la bulle comme une chanson ; mais pour le roy , je ne vois pas du tout ce qu'il se propose. Dieu soit béni et veuille conserver la foy dans le royamne^.. »
On conçoit, dès lors, avec quels applaudissements la cabale janséniste accueillit de pareils actes. Ce furent
1 Lettre du 28 mai 1752 à D. Malachie, abbé de la Trappe de Séez (Archives de Saint-Aclieul).
218 l'estampe ALLEGORIQUE.
d'ineffables transports de joie chez tous les gens du parti, lesquels , pour se préparer à conduire les funérailles de la bulle, commencèrent par répandre à pleines mains dans le public les exemplaires illustrés de l'arrêt du Parlement. On l'affiche à tous les coins de rue, on en placarde jusqu'à douze dans la cour de l'archevêché. Pas un janséniste qui ne le suspende au chevet de son lit, « parmi ces images sacrées devant lesquelles tout bon catholique offre les prémices et le travail de sa journée ^ »
J'ai sous les yeux une de ces feuilles d'impression que relève l'estampe allégorique où l'on voit la magistrature figurée par l'emblème de la justice^ debout et couronnée de cette prétentieuse devise : Custos unitatis, schismatis uUrix, La main gauche appuyée sur des faisceaux, elle ^mble fouler aux pieds une torche incendiaire , tandis que sa droite , armée du glaive, repose sur un autel où rayonnent le diadème royal et le calice eucharistique, symbole d'union entre les deux pouvoirs. La France, à genoux près du globe fleurdelisé, lève ses regards vers une colombe messagère de la paix. Sur le fût de colonne qui sert d'autel , on 'distingue ces trois mots :