UNE LETTRE DE BOYER
pour sonder l'évêque Boyer sur une démarche à faire en ce sens auprès du roi. La réponse du prélat, bien qu'elle se trouve, sur la question d'opportunité, en opposition complète avec le sentiment de Tarchevèque de Paris, est intéressante à connaître dans ses détails. Je la traduis sur le texte latin :
Versailles, le 5 août 1754.
Mon très révérend Père,
J'ai reçu votre lettre, et rien ne me serait plus agréable que de souscrire à vos vœux. Vous connaissez mon amitié de vieille date pour votre Compagnie, amitié aussi constante qu'elle est sincère. C'est vous dire combien j'aurais été heureux d'en donner un témoignage spécial à l'occasion du très docte et très pieux Bellarmin. Il n'est personne, en effet, si peu qu'il ait fréquenté le domaine de la théologie, qui ne voie, dans tout hommage rendu à la réputation d'un si grand maître, un acte de religion en même temps que de justice, digne de la reconnaissance du monde savant.
Mais, au milieu des temps difficiles que nous traversons, mon très révérend Père , pouvez-vous ignorer quelle est la disposition d'un grand nombre d'esprits, et ce que j'appellerai la révolte universelle des âmes contre l'Église et ses premiers pasteurs? Eh bien ! supposez qu'on vienne à parler aujourd'hui de la canonisation de Bellarmin, docteur excellent sans doute et défenseur intrépide de l'Église, mais dont nos hommes du Parlement ont réprouvé plusieurs opinions et qu*ttiL ont même dénoncé comme l'ennemi acharné de l'autorité royale j pensez- vous qu'ils entendent paisiblement, et sans mot dire, soulever ici cette question délicate ?
Autres sont les opinions, comme vous le remarquez fort bien, autres les vertus. Dans la canonisation d'un saint, c'est l'héroïsme des vertus qu'on exalte; pour les opinions, on les abandonne à l'étude et aux discussions des théologiens. Ainsi, en effet, sont comprises les choses entre gens sages. Mais où sont aujourd'hui ces sages, je vous le demande? où est-il cet ami sincère de la vérité, qui se dépouille complètement des préjugés d'autrui et de ses pré-