‹ Christophe de BeaumontChapitre 192 sur 368 · LA MAIN MYSTÉRIEUSE · texte numérisé non relu

LA MAIN MYSTÉRIEUSE

ment, à soulever une controverse stérile au sujet de Bellarmin, d'autant qu'un danger plus immédiat allait éveiller les sollicitudes épiscopales.

Le marquis d'Argenson parle d'une main mystérieuse, d'une main souterraine y comme il dit, qui s'efforçait alors de soustraire le roi aux conseils des « ultramontains ^ » Elle y réussit à souhait. Aussi regardaiton déjà comme un symptôme grave cette simple parole de Louis XV à la reine, qui en avait presque pleuré : « Rien ne doit être si libre que la confession. » Pour qui se reporte aux préoccupations dominantes , c'était manifestement une pierre jetée, par- dessus le mur, dans le jardin de l'archevêque de Paris, ce champion obstiné du refus des sacrements.

On s'aperçut bientôt, à d'autres signes , que la cour se disposait à capituler sur les points essentiels, car ce n'était pas sans opposition et sans peine qu'avait passé au Conseil des dépêches l'avis de casser en masse les arrêts rendus par les divers parlements contre le clergé^. Formalités illusoires, d'ailleurs, qui ne remédiaient à rien, quand elles ne fournissaient pas matière à de nouvelles vexations.

Les évoques en éprouvaient tous quelque chose. « Priez pour la religion, écrit Mgr d'Amiens à une fille du Garmel, elle est dans un état bien violent. On peut dire que véritablement les pasteurs sont persécutés sans savoir comment cela finira, et cette persécution

1 n Quelle peut être cotte main ? Quelque chose peut-être du parti de la marquise. » (ArgensoD, t. VIII, p. 176.) — Alexandrine, fille de madame de Porapadour, étant morte dans les derniers jours de juin 1754, ce parti accusa les Jésuites, instruments de Beaumont, de l'avoir empoisonnée. (Ibid,, p. 308.)

* Cf. Revue de France (octobre 1876, p. 184).

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est d'autant plus terrible, qu'elle vient de ceux qui devraient protéger l'Église. Il leur importe peu que les sacrements soient profanés et la foi corrompue, pourvu que leur autorité prévale*. »

Une brochure que les initiés attribuèrent au prince (le Conti, avec lequel le roi s'enfermait pour travailler en dehors des ministres, fit pressentir le dénouement qui se machinait de concert avec madame de Pompadour. On savait, du reste, qu'il y avait détente dans la situation, on s'entretenait des négociations ouvertes avec les exilés de Soissons et de Bourges *, si bien que le gouvernement n'en était plus qu'à chercher un compromis pour ménager, tout ensemble, et la dignité de la magistrature et celle du pouvoir. Il n'y eut bientôt plus de doute possible sur le prochain rappel du Parlement, quand le bruit s'accrédita que le procureur général d'abord, puis le premier président de la Grand'- Chambre avaient été mandés à Versailles.

Christophe de Beauraont aurait-il été ignorant de ces rumeurs, que la recrudescence des manifestations haineuses l'eût averti du sort qui l'attendait au retour de ses adversaires, rendus désormais intraitables. C'est au point que ce retour des magistrats exilés parut avoir été retardé jusqu'après la fête du 15 août, pour éviter que leur présence dans le cortège du vœu de Louis XIII ne devint l'occasion d'avanies publiques à l'adresse de l'archevêque*. Le duc de la Rochefoucauld, son ami.

Lel[re du 2ï mai 1754 à une carmélite d'Avignon (Ardiives do S

l,Ul|.

La Grand'Ctiambre avail été, le IS novembre 1753, transférée do e à Soissons, Nombre de casasillers étaient exilés ù Bourges. Cf. Barbier (t. VI, p, 4Î).

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ayant cru devoir lui conseiller à cet effet une plus grande modération, Beaumont se retrancha dans sa conscience pour rappeler au noble duc que la modération n'est qu'ime vertu de caractère, tandis qu'il ne saurait y avoir au monde ni modération de vérité ni modération de justice. « Rien n'étant changé à mes devoirs, rien ne sera changé à ma conduite. »

On ne pouvait mieux dire.

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