FIÈRE RÉPONSE DE L ARCHEVÊQUE
un calme parfait, passa dans son cabinet de travail* pour écrire la réponse dont nous parlons. Elle était ainsi conçue :
« Il n'est personne qui désire plus ardemment et plus sincèrement que moi le rétablissement de la paix ; mais il n'y a pas lieu d'espérer de la voir renaître, tant que le Parlement persistera à donner des ordres dans ce qui concerne l'administration des Sacrements.
« La retraite des prêtres de Sainte-Marguerite et la forme singulière d'administration dont le Parlement se plaint, sont l'effet des poursuites rigoureuses et des décrets décernés contre les ecclésiastiques préposés à la desserte des paroisses.
« Au surplus, je persiste dans la réponse que j'ai faite, le 28 novembre dernier, à laquelle je ne peux rien ajouter, attendu que l'incompétence des tribunaux séculiers en matière de Sacrements étant établie par les lois divines et ecclésiastiques, et même par une suite d'édits, déclarations et ordonnances du royaume, ce serait de ma part donner atteinte aux droits de la religion que d'entrer dans aucun détail qui pût donner lieu de penser que je regarde le Parlement comme compétent^ dans une juatière qui appartient uniquement à la puissance spirituelle que l'Église tient immédiatement de Jésus-Christ, et de l'exercice de laquelle un évêque ne peut être comptable qu'à ses Supérieurs dans l'ordre de la hiérarchie ^. »
Pourquoi faut-il qu'il se soit trouvé encore deux prê-
i « Où l'on prétond qu'il y avait deux jésuites. » {Nouvelles de 1755, p. 1)2.) — Toujours l'insinuation perfide chez l'honnêle gazetier ! * Nouvelles (loc. cit.).
liMBAlUlAS qu'elle CAUSE. 287
très dans Paris pour passer outre aux ordres de l'archevêque et porter le Viatique aux malades insoumise Beaumont les frappa d'interdit l'un et l'autre, puis il se remit, avec sa placidité habituelle, aux affaires courantes de l'administration. Ses adversaires eux-mêmes ne pouvaient qu'admirer tant de sérénité et de quiétude. « Un homme qui arrive de Gonflans, écrit d'Argenson, m'a dit qu'on n'y a jamais été si tranquille, que l'archevêque de Paris attend le coup qui lé rnenace avec la confiance qu'il a dails son parti, et à l'extérieur avec la foi et la constance d'un martyr^. »
Autre était l'embarras de Louis XV et du Parlement. Maupeou se multipliait à Versailles, conférant sans relâche avec le roi dont la lettre de cachet pour exil empêchait de procéder en forme contre le prélat disgracié. Louis XV, qui semblait n'avoir de personnel que ses faiblesses, hésitait à donner sa réponse définitive, espérant encore que l'archevêque céderait au moins sur l'article des billets de confession. Sa droiture naturelle ne lui permettait pas, en effet, de découvrir dans la lettre de Beaumont cet attentat à la souveraineté royale que Maupeou affectait d'y voir.
Il s'agissait bien, en vérité, des billets de confession ! Ce n'étaient là qu'incidents qui ne touchaient pas au fond de la controverse, et les persécuteurs de Beaumont ne demandaient qu'à l'acculer dans cette impasse, sans échappatoire possible : ou se soumettre ou se démettre.
Je me ti'ompe. Ils imaginèrent un troisième terme, et, sous leur pression, le roi dut signifier à l'exilé de Gonflans qu'il avait à opter entre ces trois issues : —
i Mémoires, t. VIII, p. 427.