UNE MISE EN DEMEURE
OU se démettre de son archevêché — ou publier un mandement conforme à la loi du 2 septembre — ou se livrer au Parlement chargé d'instruire son procès. On dit même que Louis XV formula sa volonté en ces termes impératifs : soumission, démission ou punition K
Trois jours étaient laissés à Beaumont pour se résoudre à un parti. La décision devait être irrévocablement prise avant le 21 février. Or, le jeudi 20, il écrivait au roi une lettre que les jansénistes s'amusèrent à paraphraser, après interpolation, pour la rendre ridicule ^. Nous en citerons quelques fragments.
Qu'il me soit permis, Sire, de vous démontrer que, comme pasteur, je ne puis ni dois me rétracter de mes premières démarches. Le diocèse que Sa Majesté a confié à mes soins est celui qui manque le plus d'exactitude : combien d'étrangers habitant la capitale, j combien de gens, sans être approuvés, s'immiscent à confesser?... ' L'abus des sacrements, la perte évidente de ceux qui reçoivent en i cet état l'Eucharistie, voilà les seuls motifs qui me forcent à paraître rebelle à ses ordres ; ella verra avec douleur que les voies violentes que prend son Parlement ne sont point de son ministère, etc.
Le lendemain, pour toute réponse, Christophe de Beaumont recevait l'ordre de chercher un exil nouveau à Lagny-sur-Marne, petite ville de la Brie, cachée aux confins extrêmes du diocèse.
« Je suis, avait déclaré le roi au premier président, de plus en plus mécontent de l'archevêque de Paris ; je
1 Mémoires, p. 430.
* Celait le temps où les mômes hommes inventaient contre l'héroïque Belsunce la plus sanglante des calomnies, en osant le revendiquer comme un des leurs. Il faut lire la protestation indignée que ce saint évèque adressa de Marseille au grand chancelier, le 23 février 1755. — Cf. Luynes, t. XIV, p. 59, seqq.
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viens de lui en donner des marques certaines, en l'éloignant des mauvais conseils qu'il a suivis jusqu'à présent. Mais, dans l'espérance qu'il rentrera enfin dans le devoir duquel il s'est écarté, j'ordonne à mon Parlement de ne point faire contre lui les poursuites auxquelles il s'est exposé. Mes intentions sont toujours les mêmes pour procurer aux lois de mon royaume leur entière exécution, et particulièrement à ma déclaration du 2 septembre dernier. »
Beaumont se dirigea sur Lagny vers six heures du soir. Il était en chaise, accompagné d'un valet de chambre et d'un laquais. Son neveu de Lostanges, qui l'y avait précédé, aurait voulu qu'il acceptât un des logements commodes que les habitants de la ville mettaient à sa disposition ; mais Beaumont préféra descendre dans l'humble habitation du curé de Saint-Paul, qui lui abandonna son unique chambre et son lit.
Quelques jours après, cédant à des instances réitérées, il consentit à élire domicile chez le sieur Ausonne, avocat au conseil, dont la maison, d'assez gracieuse apparence, était attenante à un jardin qui donnait sur la rivière. Les pauvres de chacune des deux paroisses y gagnèrent bn revenu de 50 livres par semaine, qu'il s'engageait à leur payer. On sait que les autres indigents du diocèse avaient à se partager cent mille livres par an, sur le budget de sa charité inépuisable.
Les sympathies de ses prêtres suivirent le noble archevêque à Lagny comme à Gonflans. Dès le 23 février, une députation officielle du chapitre alla lui porter de nouveau l'expression de la douleur commune. Beaumont se montra extrêmement touché et reconnaissant de ces témoignages d'une affection qui