UNE GRÈVE EN SORBONNE
Inutile de dire que Beaumont était du nombre.
Pendant qu'on en appelait au Pape ^, pour lui demander une décison qui réunît l'épiscopat français dans une pratique uniforme sur le point en litige, le Parlement de Paris, lâchant la bride à ses rancunes, continuait à traquer les prêtres fidèles, à les mulcter d'amendes ou à les bannir. Il alla même jusqu'à mettre la Faculté de théologie en demeure de suspendre les thèses de licence, arguant qu'elle s'obstinait encore à exiger des candidats suspects l'acte formel de soumis- • sion aux décrets du Saint-Siège. La société de Sorbonne crut avec raison qu'il était de sa dignité d'ajourner à des temps meilleurs toute espèce d'examen plutôt que j d'en faire passer à des conditions pareilles ^.
De là, ces plaintes douloureuses du confident de Beaumont, lequel, comme le lui reprochaient ses ad- * versaires, restait toujours dans son exil « le centre de l'Église de France, » entretenant des correspondances secrètes avec les évêques de son parti qui formaient une grande majorité dans la prélature ^.
« Nous ne faisons presque que des lamentations.
C'était relever suffisammeat le ridicule des bruits que l'on se plaisait à propager. (Histoire de M. de La Molle^ par l'abbé Delgove, p. 363.)
Ce qui n'empêche pas certains historiens modernes de répéter, sur la foi d'un pamphlétaire anonyme, qu'il y avait eu des séances orageuses « où Nosseigneurs se livraient quelquefois aux propos les plus vifs et les plus indécents, même à des clameurs si grossières, que le bruit se répandit jusque dans les provinces les plus éloignées, qu'ils s'étaient battus. » [Vie privée de Louis XV ^ t. III, p. 27.)
1 « Retour admirable de la Providence! Ce même clergé de France qui naguère en appelait du Pape à Louis XIV au nom des XiherXèi gallicanes, ne trouvait plus, moins d'un siècle après, de refuge contre des servitudes gallicanes intolérables que dans l'intervention de la papauté. » {Leçon» d'histoire ecclésiastique^ par l'abbé Doublet, t. III, p. 404.)
^ Cf. Ch. Jourdain. {Histoire de VUniversité de Paris, p. 394.)
^ Mémoires du Maréchal de Bichelieu, t. VIII, p. 308.