‹ Christophe de BeaumontChapitre 215 sur 368 · REMONTRANCES DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

REMONTRANCES DU CLERGÉ

Voilà trois mois d'assemblée sans que personne de

nous ait parlé au roi, si ce n'est M. le cardinal de La

^ Rochefoucauld qui, sans doute, n'a rien eu de favora-

r^ ^l*>*^ ^^^ '^ nous dire, puisqu'il garde le silence. Nos évèques

, J* d'Orléans, de Troyes, d'Auxerre sont traités indigne-

ment. La Sorbonne est abandonnée, il n'y a plus de thèses. Et à tout cela, rien, si ce n'est des gémissements. On dirait que tout cela se passe en Pologne.

« Le roi ne témoigne pas la moindre sensibilité. Il abandonne le clergé à toutes les volontés de son Parlement qui combat hardiment la religion et traite ses ministres avec la dernière indignité ; en sorte que, si Dieu ne fait pas un miracle, nous aurons en France la religion gallicane comme on a eu en Angleterre l'anglicane. Je me soulage en vous parlant, mais je n'écris • que pour vous et pour mes amis de cœur et de religion ; non que je me soucie ni que je craigne d'être cité, mais c'est que les ennemis de l'Église triompheraient, et il ne faut pas montrer toute la peine qu'on a ^ »

L'assemblée pourtant ne se sépara point sans avoir adressé au roi, le 5 octobre, des remontrances graves, où la modération de la forme ne faisait que mieux ressortir l'énergie du fond. En suppliant Louis XV de rendre aux évêques la liberté essentielle à leur ministère, et aux écoles de théologie la plénitude d'enseignement qu'on n'eût pas dû leur ravir, elle le conjurait d'interdire aux juges séculiers toute injonction en matière de sacrements, et d'annuler, à cet effet, toutes sentences incompétemment rendues contre tant de prêtres aussi

1 Lettre du 21 août à M. Dargnies, pénitencier de la cathédrale d'Amiens (Archives de Saint-Acheul).

ÉLOGE DE l'archevêque. 297

« irrépréhensibles » dans leur doctrine que dans leurs mœurs. Enfin, ses dernières instances furent pour le rappel de l'archevêque de Paris, dont elle faisait l'éloge en ces termes :

... Un archevêque qui ne connaît dans son exil d'autre malheur que de vous déplaire et de sentir les souffrances des prêtres, ses coopérateurs : prélat cher à l'Église et respectable à tous ses confrères par sa patience inaltérable, par son inépuisable charité, par l'assemblage de toutes les vertus. Il manque. Sire, à notre assemblée, et nous attendons avec impatience le moment où nous pourrons l'inviter à prendre, au milieu de nous, une place que l'usage constamment pratiqué, et plus encore les sentiments de nos cœurs, lui destinent depuis longtemps^.

Le roi donna de bonnes paroles aux évoques, et leur permit de concevoir quelques espérances. Rien de plus. Le Parlement, de son côté, essaya des représentations passionnées qui ne reçurent pas meilleur accueil. La loi de silence restait le suprême refuge d'un monarque fatigué des incidents sans fin qui dérangeaient périodiquement ses plaisirs.

Madame de Pompadour en profitait pour étendre avec plus d'empire sa protection sur tous les ennemis des droits et des privilèges du clergé; et ce n'était pas sans motif qu'après l'avoir accusée de chercher à s'emparer de la feuille des bénéfices (soit par la nomination d'un évoque choisi parmi les moins sévères, soit par le partage de cette feuille, retirée des mains de l'Église et donnée aux quatre ministres laïques, ses créatures),

1 Cf. Procès-vorbal (p. 221-201).

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