DÉCLARATION DES JESUITES
tre mille aux portes de Paris ^ Dans tous les cas, les Jésuites ne sauraient demeurer responsables d'une Q publication clandestine contre laquelle, au contraire, ils * ont protesté par toutes les voies possibles.
Le 22 octobre, ils firent distribuer à la porte des églises, et même à rentrée des promenades publiques, la déclaration imprimée du Provincial de Paris, déclaration que contre-signèrent les trois autres supérieurs. Elle portait, en substance, 1** que l'impression du livre dont ^ ^
il s'agit avait été faite à leur insu et contre leur volonté ; 2** qu'ayant tout lieu de craindre que ce livre ne contint des choses singulières et hasardées, ils avaient fait tout ce qui dépendait d'eux pour arrêter cette édition et en f
empêcher le débit ; 3** qu'étant parvenus à en avoir un ^
exemplaire, ils l'avaient fait examiner avec soin, et que, sur le compte qui leur en avait été rendu, ils croyaient devoir non seulement désavouer l'impression, mais improuver un ou^Tage « qu'ils n'auraient jamais laissé paraître sans un grand nombre de corrections importantes et nécessaires».
Une déclaration si catégorique ne ferma pas la bouche à ceux qui entendaient, coûte que coûte, rendre tous les Jésuites solidaires des faits et gestes d'un seul^. Il devenait urgent d'aviser, car les passions s'irritaient de plus en plus, et d'honnêtes prélats, effarouchés de tant de clameurs, en venaient eux-mêmes à demander la suppression d'un ouvrage qu'ils ne connaissaient cependant encore que par des ouï-dire ^,
» Argenson(l. VIII, p. 142).
* Do là, ce mol inconvonant prêté au P. Griffet : « Nous avons un peu égayé TÉvangile. » {Nowwlle» de 1154, p. 48.) ' C'est ainsi que La Roche-Aymon, récemment promu du siège de Toulouse *
MAl^DEMENT DE BEAT^MONT. 363
évêques du royaume, pour leur communiquer le travail de Beaumont avec les procès-verbaux des deux séances.
Ce mandement, un des plus courts qu'il ait publiés, s 3 borne provisoirement à défendre la lecture du livre incriminé, sauf à prendre plus tard les mesures qui paraîtront « les plus convenables pour l'avantage de la religion ».
Ce n'était pas le compte des opposants quand même. Ils remarquèrent avec amertume que l'archevêque affectait de ne pas prononcer une seule fois le nom de Berruyer, « quoique les gros bonnets de la Société ne l'eussent pas dissimulé dans leur déclaration^. » Ils remarquèrent de plus que pas un mot du dispositif ne laissait soupçonner, dans l'auteur blâmé, sa qualité de jésuite.
Deux ans après, ils reprochaient encore à Beaumont de n'avoir pas interdit un écrivain dont sa conscience désapprouvait les œuvres^. Ne prétendaient - ils pas exiger qu'il englobât dans une même censure la première partie de V Histoire du peuple de DieUy laquelle avait paru vingt ans avant son élévation sur le siège de ., ,
Paris f — «Elle n'est point de mon bail, » répondit ^^ finement le prélat, et les interlocuteurs se le tinrent pour dit.
Le P. Berruyer ne put qu'être sensible aux égards paternels dont il se voyait l'objet. Accompagné de son Provincial, il se rendit chez l'archevêque pour lui exprimer sa reconnaissance et remettre lacté suivant entre ses mains :
1 Nouvelles de 1654, p. 21.
s Ibid., 1755, p. l?r>.