‹ Christophe de BeaumontChapitre 253 sur 368 · MORT DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MORT DE MONTESQUIEU

champions de la foi. « Pendant qu'on défendait la citadelle et le sanctuaire contre Fennemi du dedans, l'ennemi du dehors pénétrait dans la place, et se rendait maître de toutes les avenues du temple lui-même K »

Beaumont n'en dut être que plus consolé, quand il apprit du P. Gastel les sentiments manifestés par Montesquieu dans sa dernière maladie, sentiments dont un autre jésuite, le P. Routh, donne un compte-rendu assez détaillé dans sa lettre au nonce Gualterio^. Le publiciste mourant y fait Taveu tardif que, sans avoir été jamais incrédule, il s'est trop laissé entraîner, dans ses attaques contre la religion, par « le goût du neuf ou du singulier,» par « le désir de passer pour un génie supérieur aux préjugés », et j)ar « l'envie de plaire et de mériter les applaudissements des personnes qui donnent le ton à l'estime publique, et qui n'acccw'dent jamais plus facilement la leur que quand on semble les autoriser à secouer le joug de toute dépendance et de toute contrainte^ ».

Mais voici que s'offrait une occasion de réveiller le bruit qui s'était fait naguère au sujet d'un autre livre — un livre de jésuite. Nous voulons parler de VHistoit\>. du peuple de Dieu, par le P. Berruyer *. Jansénistes et parlementaires devaient s'unir une fois de plus pour incriminer sur ce point la conduite du vénérable archevêque.

I Bibliographie catholique, t. XVIII, p. 100.

* Louis Gualterio, neveu du cardinal Philippe-Auguste Guallerio, autrefois nonce en France, fut nommé à la même nonciature dans le courant de novembre 1753.

^ Mémoiret pour servir à Vhittoire ecelésiof tique , I. III, p. 48C.

* La première partie de cette histoire, la moins condamnable de toutes, avait vu le jour en 1728. Réimprimée cinq ans plus tard avec des corrections, elle n^en était pas moins mise à l'index par décret du 17 mai 1734. Nous parlons ici de la seconde partie, publiée dans le courant de 1753.

360 LE LIVKK DU P. BEKRUYRll.

Doué d'une imagination brillante à laquelle il ne sut pas tenir toujours la bride haute, le religieux écrivain n^avait pourtant d'autre dessein que de rendre la lecture des Livres inspirés plus attrayante aux gens du monde. Il dépassa le but. Nous n'irons pas jusqu'à dire, avec Voltaire, que Berruyer changeait l'ancien et le nouveau Testament « en un roman de ruelle, dans le goût de Clèlie » ; mais il nous sera permis de regretter, avec l'archevêque, qu'il ait, en plus d'un passage, dénaturé la noble simplicité des divines Écritures par certaines recherches de bel esprit.

Ajoutons que la seconde partie du livre donnait prise, en 1753, à des critiques plus fondamentales. ^^ ' *

Beaumont, toujours dévoué aux intérêts d'une Société dont il appréciait les services, s'était hâté de convoquer les supérieurs des diverses maisons de Paris, afin de pourvoir aux moyens de conjurer un orage inévitable. Il fit plus que les supplier d'arrêter, autant qu'il était en eux, le débit des volumes furtivement imprimés ^ ; il mit à leur disposition un don généreux de dix mille écus, pour indemniser, au besoin, les imprimeurs et les libraires.

Mais le duc de Luynes nous avertit que cette offre, « digne de la piété de M. l'Archevêque », ne put avoir son efifet, à cause du grand nombre d'exemplaires déjà répandus dans le public^. On assure même que, dès les premiers jours d'octobre, la police en avait saisi qua-

i Co qui n'empêche pas la gazette janséniste d'affirmer que 4C le livre s'était imprimé et se débitait, pour ainsi dire, sous les yeux de ^a^chevôque>^. [Nouvelles diQ 1754, p. 21.)

» Mémoires, t. XIII, p. 123.

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