‹ Christophe de BeaumontChapitre 263 sur 368 · NEGOCIATION DE BERNIS · texte numérisé non relu

NEGOCIATION DE BERNIS

complaisance marquée, dans plusieurs de ses lettres à Stainville (Choiseul).

<c Uaflfaire du Parlement est arrangée, comme vous savez. Ceux qui ont vu cette affaire séparée des autres trouvent que le Roi a mal fait d'y mettre tant de bonté; pour moi, je crois lui avoir rendu, dans les circonstances combinées où nous sommes, un service très important; Paris est au comble de la joie. Le Roi y est aimé ; et moi, j'ai excité, par les bénédictions qu'on me donne dans la capitale, la jalousie de mes entours; mais vous connaissez mon courage et ma patience; je tâche de bien voir avant que d'agir, et puis je ne regarde plus en arrière, ni à côté^ »

Madame de Pompadour bouda bien un peu d'un arrangement dont son orgueil avait d'abord soulBfert pour le roi, mais elle ne tarda pas à comprendre qu'il y avait aussi là , pour elle , une bonne occasion de se venger à la fois de Beaumont et des Jésuites.

Ses rancunes la rapprochaient fatalement des parlementaires. Soulavie, bien informé de toutes ces négociations, tant par les papiers de Richelieu que par certaines confidences des intéressés, nous a révélé le mystère du pacte alors intervenu. A l'en croire, les conseillers du Parlement les plus opposés au retour ne consentirent à rentrer dans leur compagnie que sous les deux conditions secrètes que voici : « L'ai'chevêque de Paris, auteur des troubles, et les évêques du

1 Lettre du tO septembre I7ô7. — Le lendemain, l'abbé Barthélémy annonçait la même nouvelle en ces termes : « Nous sommes tranquilles a présent. Au milieu de nos troubles, le Roi a dit au Parlement : Je vous aime bien. Le Parlement a répondu : Nous vous aimons bien aussi. Et la paix s'est faite.^:^ {Portraits intimes du dix-huitième siècle^ par MM. de Concourt.)

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LA THÉOLOGIE DE BUSEMBAUM. 38t

affirmer sans ambages que, « s'il n'avait jamais mis les pieds au palais, cela ne lui serait pas arrivé* ». Les ennemis de la Compagnie de Jésus pensèrent que l'heure était propice pour rafraîchir la friperie des vieilles diatribes contre la prétendue doctrine du régicide.

Les magistrats de Toulouse donnèrent le signal. Le 9 septembre, sur les conclusions de l'avocat général , Malaret de Fonbeausard, le parlement de cette ville condamnait au feu la théologie du P. Busembaum, jésuite allemand, dont une édition récente avait été publiée par le P. Claude Lacroix, docteur à l'université de Cologne ^, Il se fit grand bruit autour de ce livre , d'où l'on prit plaisir à extraire tout ce qui semblait favoriser la légitimité du tyrannicide.

« Nous osons le dire , concluait le réquisitoire, la réimpression de cet ouvrage, concourant avec l'exécrable attentat dont nous gémissons encore, est un crime de lèse-majesté. »

n serait difficile de comprendre qu'on ait pu sérieusement croire, en plein xvm* siècle, au danger que faisait courir à la personne royale l'interprétation de certains passages, péniblement cherchés parmi des in-folios de casuistes écrivant pendant les fureurs des guerres religieuses; mais nous pensons, nous aussi,

ï Interrogatoire du 26 mars (Pièces originales^ p. 376).

* C'est de cette théologie célèbre, récemment commentée par un grand docteur de rÉglise, que le triste abbé Galiani dira bientôt, en la rangeant parmi les livres pernicieuXy infâmes et de morale perverse : « Busembaum, si je ne me trompe, a été imprimé, il y a huit ou dix ans, avec les notes d'un certain Alphonse de Liguori, prêtre fanatique, qui réussit à fonder un nouvel ordre religieux dalis la terre de Labour. » (Lettre du 16 novemlire 1761, à Tanucci.)

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