MORT DE SAINT-EXUPÉRY
ments avec beaucoup de piété, et il est mort dans de grands sentiments de résignation à la volonté de Dieu. C'est une véritable perte pour la Compagnie, c'en est une irréparable pour sa famille, et en particulier pour M. Tabbé de Coursât, son neveu, qu'il entretenait depuis quelques années au séminaire de Saint-Sulpice.
Le chapitre touché, au delà de toute expression, et de la mort de l'oncle qu'il aimait tendrement, et du malheur du neveu à qui il ne reste aucune ressource, m'a chargé, par la délibération du 3 de ce mois, d'avoir l'honneur de vous marquer. Monseigneur, tout l'intérêt qu'il prend au sort de M. de Coursât, et de vous supplier avec beaucoup d'instance de vouloir bien le dédommager de la grande perte qu'il vient de faire. Il est homme de condition de votre province, il n'a pas de bien; M. l'abbé Couturier parle de la manière la plus avantageuse de ses mœurs, de son application, de son caractère; son oncle était i*empli de respect et d'attachement pour vous, Monseigneur. Ces titres ne peuvent manquer de faire impression sur un cœur aussi bienfaisant que le vôtre.
Ce que vous ferez. Monseigneur, pour un jeune homme que la mémoire de son oncle rend si cher au chapitre, sera une nouvelle marque de bonté que vous donnerez à une Compagnie qui vous est si respectueusement dévouée , et elle en sera pénétrée de la plus vive reconnaissance. J'ai l'honneur, etc. ^..
Quelques jours après, l'archevêque écrivait, en réponse, une lettre qui peint au vif ce que nous avons dit plusieurs fois de la piété affectueuse de ce grand prélat. Je transcris l'autographe inséré dans le registre dès délibérations capitulaires.
1 Archives nationales {loc, cit.). — Au mois de janvier 1879, l'Église de Pôrigueux perdait , dans la personne de Tabbé Maxime de Saint-Exupéry, vicaire-général du diocèse, un très digne prêtre que des liens étroits de parenté rattachaient à l'ancien ami de Christophe de Beaumont. Le P. Léon Dufour, de la Compagnie de Jésus, publiait naguère sur cet homme de Dieu, auquel on a si heureusement appliqué le Vir amabilis ad societatem des Écritures, une Notice biographique, d'un véritable intérêt, qui montre bien quelles traditions de vertus et d'honneur se sont transmises comme le meilleur des héritages au sein de ces nobles familles du Périgord où fut le berceau du grand archevêque.
424 REGRETS DE l'ARCHEVKQUE.
J'ai reçu, Messieurs, la lettre que feu M. l'abbé de Saint-Exupéry m'écrivit de votre part, j'y ay reconnu les sentiments dont votre Compagnie m'a tant de fois donné de si obligeants témoignages. Soyés, je vous prie, persuadés qu'ils ont fait sur mon cœur la plus vive impression et que j'en conserverai toute ma vie bien chèrement le souvenir. J'ay saisi avec empressement l'occasion que vous m'avés fournie de vous donner une légère preuve de ma reconnoissance en marquant à M. l'abbé de Coursât le désir que j'ay de lui être utile, et je ne perdrai jamais de vue votre recommandation ; je sçavois l'intérêt que vous prenés à ce qui le regarde , et je puis dire que la cause qui le produit nous est commune, puisqu'on ne peut partager plus vivement que je le fais la juste douleur que vous ressentes de la mort de son oncle.
Accordés-moi, Messieurs, le secours de vos prières, demandés au Seigneur qu'il me fasse la grâce de mettre à profit ce temps d'exil pour ma sanctification, qu'il me donne pour sa croix tout l'amour dont un cœur chrétien peut être pénétré, qu'il ne permette pas que j'aye jamais la pensée, et encore moins le désir, d'être exempt de peines et de tribulations ; mais qu'il me fasse goûter la douceur de mener une vie cachée en Lui, de m'unir à Lui, de méditer les choses saintes, et qu'il ait pour agréables les prières que je ne cesserai de Lui adresser pour ce grand peuple dont la Providence m'a confié le soin.
J'ay l'honneur d'être très parfaitement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
f Chr. , archevêque de Paris ^,
Au cours de cette correspondance, le chambrier du chapitre métropolitain ayant communiqué à Beaumont une copie en forme des lettres de vicariat donnée par l'un de ses prédécesseurs sur le siège de Paris, à l'effet d'installer le nouveau doyen qui serait élu ^, l'archevê-
1 Délibération du 31 mars {Ibid.).
* Ce prédécesseur de Beaumont s'appelait François de Poncher; il occupa le siège épiscopal de Paris de 1519 à 1532. Les lettres de vicariat dont il est ici question remontent au mois de septembre 1522.
MUNIFICKNCJî ROYALE. 425
que avait aussitôt député MM. d'Agoult et de Malherbe pour procéder, en son lieu et place, à cette installation.
Ce fut d'Agoult lui-même qui obtint les honneurs du décanat, dix jours après les obsèques de Saint-Exupéry *. Le surintendant des bâtiments royaux, Marigny, en lui apportant les félicitations de la cour, le chargea d'annoncer à ses collègues que le roi voulait bien profiter de la circonstance pour leur faire don de plusieurs pièces de marbre du Languedoc, destinées à la nouvelle sacristie de Notre-Dame -.
Le chapitre résolut aussitôt de consacrer le souvenir des divers présents de la munificence royale en donnant ordre de graver Tinscription suivante sur la façade du Trésor qui regardait la première cour de l'archevêché :