‹ Christophe de BeaumontChapitre 280 sur 368 · INUTILITÉ DE SA DEMARCHE · texte numérisé non relu

INUTILITÉ DE SA DEMARCHE

et si tous les évêques le faisaient, peut-être que Timpression se ferait. Les cardinaux ont eu trois sentiments, étant consultés par le Roy : le cardinal de Luynes a été pour Farchevèque. le cardinal de Gèvres neutre, et le cardinal de Ta vannes, aussi bien que M. de Digne, contre. Voilà ce qu'on me mande. Les évêques du Languedoc assemblés pour les États ont écrit, c'est-à-dire, ont prié et chargé M. Tarchevêque de Narbonne d'écrire au Roy ; c'est tout ce que je sais.

<c M. l'archevêque de Paris ne s'est réservé que 5 à 6 mille livres ; ordre de distribuer le reste aux pauvres, après avoir prélevé la nourriture de ses domestiques, jusqu'à ce qu'ils trouvent condition. Ce n'est pas lui que je plains, mais son diocèse qui va être livré à toute sorte de vexations pour le spirituel K »

Quel fut le résultat de cette démarche du vertueux la Motte auprès du roif Je l'ignore-. Je sais seulement que Louis XV se montra sérieusement affligé d'avoir été réduit à frapper de nouveau Christophe de Beaumont.

« Quel dommage, disait-il souvent , qu'un aussi honnête homme soit aussi opiniâtre ! — Et aussi borné ! ajouta un jour quelqu'un. — Taisez- vous ! reprit brusquement le roi ^. » Rien de plus. Ces brusqueries de bon sens étaient, d'ailleurs, assez dans la manière d'un

* Lellre à Doni Léon (Trappe do Séez), le 26 janvier (Archives de Sainl- Acheul).

* Une lettre ultérieure de révoque d'Amiens semble indiquer que le résultat fut nul. 4c Vous mo demandez quel efTet a produit ma lettre au Roy ? Le même que produisent nos prières. Dieu est irrité, et on le voit bien dans les affaires temporelles. Nous faisons une guerre qui ne nous attire que des humiliations... > (Lettre du 5 juillet, au même.)

* Mémoires de madame du Haussel (édition Barrière, p. 118).

i22 LES CORRESPONDANCES DE L EXIL.

monarque qui passait sans- transition de la torpeur à la violence, et dont on a remarqué qu'il ne sut jamais afficher de l'énergie , la veille , que pour retomber , le lendemain, dans ses timidités et ses langueurs.

La pieuse reine, impuissante à se faire écouter , s'appliquait du moins à distraire un peu l'archevêque des privations de l'exil, en lui écrivant les lettres les plus touchantes et les plus propres à le soutenir, « s'il eût eu besoin d'encouragement dans la cause qu'il défendait^ ».

Toutes ces marques d'intérêt étaient sensibles au cœur de Beaumont dont la délicatesse naturelle allait avoir à souffrir, coup sur coup, de plusieurs nouvelles affligeantes.

Le message de l'abbé de Saint-Exupéry n'avait pas été, pour l'archevêque de Paris , la moindre des consolations reçues au lieu de sa disgrâce. Il songeait à y répondre, quand le courrier apporta une seconde lettre, marquée également aux armes du chapitre de Notre- Dame, mais écrite d'une autre plume et signée d'un autre nom. Le chantre Urvoy lui mandait, à la date du 6 février :

Monseigneur , nous avons eu, le premier de ce mois, la douleur de perdre M. l'abbé de Saint-Exupéry, doyen de notre église. Une humeur de rhumatisme, qui s'est jetée sur la poitrine, nous Ta enlevé le quatrième jour de sa maladie. Il a reçu les derniers sacre-

1 Vie de Marie Leckzinska, par Proyart, l. II, p. 123. — La feuille janséniste ne constate pas sans quelque dépit que la correspondance échangée avec l'archevêque, pendant son exil, était des plus étendues. Elle semble croire toutefois que Beaumont n'écrivait guère que pour se désennuyer à La Roque. « Il partait de là, dit-elle, par chaque courrier, des lettres par centaine. » [Nouvelles de 1758, p. 196.)

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