RAILLERIES DU ROI DE PRUSSE
dinand de Brunswick, allié du roi de Prusse, la douloureuse défaite de Crevelt (23 juin). Mais nous souffrons doublement , quand les railleurs de l'archevêque de Paris ont assez peu de pudeur que de continuer à faire assaut de « coquetteries » avec Frédéric, qui leur écrira bientôt des lettres où il faut lire des lignes comme celles-ci : « On dit qu'on a brûlé à Paris votre poème de la Loi naturelle ^ la Philosophie du bonheur et VEsprity ouvrage d'Helvétius. Admirez conmie l'amourpropre se flatte : je tire une espèce de ^oire que la même époque de la guerre que la France me fait devienne celle de la guerre qu'on fait à Paris au bon sens ^ » Et encore, peu de jours après : « Vos Français brûlent de bons livres, et bouleversent gaiement le système de leurs finances pour complaire à leurs alliés. Grand bien leur fasse ! Je ne crains ni leur aident ni leurs épées ^. »
Je rappelais la défaite du comte de Glermont à Crevelt. On sait que ce prince, abbé commendataire de Saint-Germain des Prés, — « général des Bénédictins», disait plaisamment Frédéric, — se laissa surprendre à table dans son quartier de Weschelen. L'esprit parisien, toujours enclin à trouver matière à rire, ne vit là qu'une occasion de narguer par des quolibets et des chansons le malheureux prince du sang ^ ; il s'avisa même, pour mieux accuser le contraste avec l'homme « qui jamais ne recule », d'introduire à l'adresse de l'archevêque un
i Lettre à Voltaire (11 avril 1759).
' Autre lettre au même (18 mai).
3 Moitié plumet, moitié rabat.
Aussi propre à l'un comme à l'autre, Glermont se bat comme un apôtre, Il sert son Dieu comme il se bat.
DÉFAITE DE CREVELT. - 461
mauvais couplet dont nous ne citerons que les premiers vers :
Au lieu du comte de Glerrabnt,
L'on devait cette année Nommer Christophe de Beaumont
Pour commander Tarmée*...
Mais Christophe de Beaumont n'avait point le cœur à la joie. La défaite de Crevelt, qui venait de coûter sept mille hommes à la France, le frappait non seulement dans son amour pour le pays, mais encore dans une de ces affections que le malheur et le deuil sont faits pour resserrer davantage.
Lié par des rapports déjà anciens avec le maréchal de Belle-Isle, chez qui s'étaient tenues naguère les conférences ouvertes pour le soustraire à un exil imminent, l'archevêque avait reporté sur le comte de Gisors, son fils, la meilleure part des sentiments qu'il témoignait au père. Neuville, chargé par le maréchal d'instruire Beaumont de la mort glorieuse que Gisors venait de trouver à Crevelt, remplit sa mission avec une éloquence du cœur d'autant mieux sentie qu'il avait pu apprécier de très bonne heure les qualités aimables du jeune mestre de camp.
Il faut entendre Neuville lui-même nous dire , trois ans plus tard, dans l'oraison funèbre de Belle-Isle que la mort de son fils entraînait au tombeau, quelles espérances on avait conçues de cet enfant dès le premier âge:
» Vie privée de Louis XV, t. III, p. 389.