‹ Christophe de BeaumontChapitre 300 sur 368 · REVERS DE NOS ARMÉES · texte numérisé non relu

REVERS DE NOS ARMÉES

querelle de prétendre qu'il ne fait, comme Bëaumont, qu'attirer* une curiosité malsaine sur des doctrines auxquelles personne n'aurait pris garde sans eux.

Mais où les sarcasmes se donnèrent libre carrière contre le prélat exilé et les religieux qui se faisaient l'écho de ses enseignements, ce fut à l'occasion des prières que Bëaumont demandait « pour calmer la colère du Seigneur^ », alors que les chances de la guerre étaient loin de nous être constamment favorables. « On nous bat, écrivait de son côté l'évêque d'Amiens, on nous bat et on nous chasse, tandis que nous devrions être partout vainqueurs ; il y a là quelque chose de marqué. Mais quand Dieu est en colère, il frappe d'aveuglement, et on ne voit pas même le soleil ^. »

Helvétius, oublieux de sa première éducation, raillera un jour les Jésuites d'avoir vu la main de Dieu où la voyaient les deux grands prélats. « Ces Pères attribuaient au progrès de la philosophie les mauvais succès des campagnes. C'est elle, disaient-ils, qui gâte l'esprit des soldats et des généraux. Leurs dévotes en étaient convaincues. Mille oies couleur de rose répétaient la même phrase, et c'était cependant le peuple très philosophe des Anglais, et le roi encore plus philosophe de Prusse, qui battaient les généraux français, que personne n'accusait de philosophie ^, »

En vérité , nous souffrons dans notre sentiment de l'honneur patriotique, quand nous songeons que cette même année 1758 vit infliger à la France, par Fer-

1 Mandement contre le livre de VEsprit.

* Lettre du 5 juillet 1758 à D. Léon (Archives de Saint-Acheul).

^ Œuvres complèteSj t. IV, p. 331.

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