RÉTRACTATION DE GRESSET
donner à cette occasion l'exemple d'un retour qui lui attira mille injures de la part des philosophes ses anciens admirateurs ^ C'est le 14 mai que l'auteur du Méchant publia la lettre fameuse dans laquelle, renonçant à tout jamais au théâtre , il rétractait ses œuvres mondaines et demandait pardon à Dieu et aux hommes du scandale qu'il avait donné par sa collaboration à cet « gtt't dangereux ». La grande part de ce retour revient, sans conteste , à ce religieux ami de Beaumont dont Gresset lui-même a dit : « C'est à l'autorité de ses leçons et à l'éloquence de ses vertus que je dois la fin de mon égarement -. »
Grandement consolé par tout ce qu'il apprenait des résultats inattendus de ce jubilé, l'archevêque de Paris ne put se défendre d'en écrire encore à sa famille diocésaine, pour l'associer à ses joies et la convier à une fête solennelle d'actions de grâces, laquelle fut fixée au dimanche 15 juillet 3. Inutile de dire que la feuille janséniste ne sut que chercher la petite bête dans le mandement du prélat, s'appliquant à rabattre le plus possible de ce beau succès , en l'attribuant au sans-gêne avec lequel les confesseurs, plus ou moins infectés de Y épidémie jésuitique, réduisaient « toute \ épreuve et
1 Piron avait décoché celte épigramme :
Gresset pleure sur ses ouvrages En pénitent des plus touchés.
Dieu veuille oublier ses péchés Comme en ce monde on les oublie I
Voliaire, qui appelle « jolis » ces vers de Piron, les accompagne do ses injures habituelles : « Et ce polisson de Gresset, qu'en dirons-nous? Quel fat orgueilleux 1 quel plat fanatique ! » (Lettre au comte d'Argental, 29 juin 1759.)
^ Lellre êur la comédie, (Voir ses œuvres complètes.)
8 Cf. Mandement du 27 juin 1759.
474 d'agoult a la roque.
les saintes rigueurs de la pénitence à l'examen et à Taccusation des péchés ^ ».
Enregistrons seulement , à titre de simple curiosité, une réclamation suscitée par cette dernière lettre pastorale, pour vice de forme, dans le sein même du conseil métropolitain. Si le chapitre de Notre-Dame y fait montre de sa jalousie pour le plus léger de ses droits , nous aimons à le voir rendre un hommage de plQs à ^'esprit d'exacte justice que Beaumont apportait jusque dans ces questions de pure étiquette.
Le doyen d'Agoult se trouvait alors au château de La Roque, où il s'était rendu pour conférer avec l'archevêque de diverses affaires diocésaines que son éloigne ment laissait de plus en plus à l'abandon, n y reçut une lettre du chanoine d'Urvoy qui se plaignait, au nom de ses collègues, que le mandement ne leur fût arrivé que la veille du jour où il devait être exécuté , alors que déjà des copies s'en répandaient dans la ville. Après avoir exposé par le menu les divers points de sa réclamation, le chantre ajoutait : « Nous vous envions touts, Monsieur, le bonheur que vous avés de jouir de la présence d'un prélat que ses bontés pour nous et ses vertus nous rendront toujours aussi cher que respectable. Vous savés combien nous souffrons d'en être séparés, et avec quelle ardeur nous désirons son retour. » Il termine par cet avis discret à un confrère qui prolonge peut-être ses vacances au delà des justes limites : «Si vous étiés. Monsieur, partout ailleurs que dans la compagnie de notre saint et respectable arche-
ï Nouvelles de 1759, p. 133-135.