BEAUMONT LAISSK EN EXIL
d'agréable. Néanmoins vous apprendrez, avec autant de surprise que de joie, le concours extraordinaire de peuple qui , pendant le jubilé récemment célébré dans cette capitale du royaume, est venu envahir nos confessionnaux. C'a été pour tous une preuve évidente que les menées et les calomnies de nos adversaires n'ont pu réussir à nous aliéner l'esprit du peuple chrétien. Nous avons vu se présenter au tribunal de la pénitence des hommes qui ne s'en étaient pas approchés depuis bon nombre d'années , quelques-uns depuis trente et cinquante ans. Il est consolant de penser que le travail de nô§ ouvriers n'a pas été stérile dans la vigne du Père de famille * .
Une seule chose parut alors manquer à ces fêtes religieuses : la présence de Christophe de Beaumont. « Nous avons la douleur, écrivait Mgr d'Amiens, de voir à Paris le jubilé en l'absence du saint archevêque de cette ville. On aurait crû que cette conjoncture pourrait déterminer le Roy à le rappeler, et un prélat qui avait été employé pour cela n'y a rien oublié : c'est M. du Puy ; mais tout a été inutile ; il semble qu'on veut l'oublier et accoutumer les peuples a s'en passer. Nous n'avons que la ressource des prières. Du reste, ce prélat sou^ tient son triste exil avec force et sa santé se soutient. Navons-nous pas vu l'empereur Constantin bannir saint Athanàse? Je l'ai écrit au Roy. Les souverains sont sujets aux mêmes erreurs que le commun des hommes, et ils y sont beaucoup plus exposés par le grand nombre de flatteurs qui les environnent^. »
Ajoutons, en passant, que Mgr de la Motte eut la consolation de voir le célèbre Gresset, encouragé par le P. Charles Regnault, alors recteur du collège d'Amiens,
1 Lettre du 7 juillet 1759 {Anciennes Archives du GesU), — Le P. Etienne de la Croix était alors recteur de la maison du Noviciat, à Paris. * Lettre du 4 juin à Dom Léon.