SA VISITE A VERSAILLES
zèle. Mais cela ne rassurait qu'à demi les hommes de l'intrigue , et le chroniqueur n'est pas éloigné de croire « qu'il s'y tenait de bons conseils pour lui préparer de la besogne et le faire tomber dans quelque piège ^ ».
Les plus modérés étaient réduits à des conjectures d'un autre genre. « Notre archevêque, disait le Journal encyclopédique, est arrivé de son exil et s'est rendu de suite à Versailles. Le bruit court qu'il remettra l'archevêché entre les mains de Sa Majesté pour en recevoir la place de grand aumônier. Ceux qui connaissent ce prélat en doutent ®. »
Revenu, en effet, à Paris le 20 octobre, vers neuf heures et demie du soir, Christophe de Beau mont était allé droit à Versailles, où il fut présenté, le lendemain, au roi, à la reine, à toute la famille royale. L'archevêque se retirait,, le soir même, après avoir béni le berceau de l'aimable Clotilde de France, née trois semaines auparavant ^, lorsque Louis XV eut la malencontreuse pensée de lui dire qu'il le verrait avec plaisir faire également une visite à madame de Pompadour. « Sire, reprit dignement le prélat-, ma malle est encore attachée à ma chaise de poste qui est dans la cour; je suis prêt à. repartir pour l'exil ; mais rien ne pourra me déterminer à
' Barbier (t. VII, p. 192).
' Fascicule d^octobre 1759, p. 167.
* Fille du dauphin et de Marie-Josèphe de Saxe, pelile-fille de Louis XV et sœur de Louis XVI, Marie-Clotilde de France, née à Versailles le 23 septembre 1759, mourut à Naples le 7 mars 1802. Elle épousa, au mois d'août 1775, le prince de Piémont, plus tard roi de Sardaigne, qui abdiquera la couronne après la mort de sa sainte compagne, pour aller ensevelir ses der* nières années à Rome, sous Thumble habit du jésuite. Pie VII, par décret du 10 avril 1808, a ouvert le procès de béatification de la vénérable Marie- Clotilde, qui eut pour marraine, au jour de son baptême, une autre vénérable. Madame Louise, et pour parrain ce duc de Berry, qui sera le roimartyr.