UNE LEVÉE DE BOUCLIERS
réputés plus avouables, La calomnie pouvait suffire, sans faire appel au bourreau. Ne faut-il pas toujours commencer par rendre odieux l'ennemi qu'on veut perdre?
I^es Mémoires de Richelieu nous diraient, au besoin, comment le coup fut précédé par une véritable campagne de brochures, de pampblets, d'histoires sérieuses, que le janséniste Boucher, l'avocat Pinot et Lepage, bailli du Temple, publièrent pour préparer le public à la catastrophe préméditée ^ Cette levée de boucliers n'était donc point nouvelle, mais la guerre avait eu ses intermittences et la popularité des Jésuites ne se trouvait pas gravement atteinte, surtout dans les provinces.
Aussi bien la Compagnie de Jésus n'était-elle qu'une occasion : ses adversaires , comme toujours , visaient plus haut. C'est là une vérité devenue banale et qu'il serait festidieux aujourd'hui de chercher à établir. « Laissons, disait d'AIembert, laissons les pandours (jansénistes) détruire les troupes régulières (Jésuites) ; quand la raison n'aura plus que les pandours à combattre, elle en aura bon marché -. » Et Voltaire dira , plus clairement encore, que, les Jésuites détruit*, tous les efforts vont se diriger contre la papauté et l'Église, dont le jansénisme, par ses révoltes, a détruit le respect dans le cœur des peuples : «Il faut espérer qu'après avoir purgé la France des Jésuites, on sentira combien il est honteux d'être soumis à la puissance ridicule qui les a établis^. »