‹ Christophe de BeaumontChapitre 339 sur 368 · UN SECRET DE COUR · texte numérisé non relu

UN SECRET DE COUR

Louis XV sans doute n'ignorait point la haine de la marquise et du ministre contre les Jésuites : s'il n'approuvait pas encore leur dessein de les détruire entièrement, du moins se faisait-il leur complice, soit en ne les arrêtant pas, soit en prenant plaisir à suivre la marche de l'intrigue et le progrès de la conspiration de Choiseul et de ses gens du Parlement contre la Compagnie. Le secret de la cour fut bientôt trahi, comme on va le voir dans l'anecdote suivante, recueillie par un des anciens Jésuites bretons et consignée dans les manuscrits qu'il a transmis à sa famille religieuse ^ :

« Le marquis de Ghoiseul-Meuse qui était très intimement lié avec M. de Joncquières, vicaire-général de Québec, ancien aumônier de l'armée de Clermont, vint un jour lui dire qu'il était sûr que le duc de Choiseul et autres, parmi lesquels étaient plusieurs membres du Parlement, tenaient des assemblées chez le ministre Bertin, et qu'ils y concertaient la destruction des Jésuites. •

Le marquis avait une maîtresse, qui était pour l'honneur au ministre Bertin, et qui réservait pour lui ses confidences. La séance se tenait dans une pièce voisine de l'appartement de cette dame qui y avait pratiqué une espèce de communication, par laquelle elle entendait tout et allait en faire part au marquis.

L'abbé de Joncquières alla sans perdre de temps à la Maison- Professe, déclara ce qu'il venait d'apprendre, et ne fut point écouté. Les Jésuites voulaient qu'il nommât la personne qui lui avait parlé, et que cette

1 J'emprunte ce curieux document aux Noies historiques publiées eu 1867, par le P. Auguste Carayon, qui l'a inséré dans une intéressante collection de pièces inédites.

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