SES QUALITÉS SACERDOTALES
rang, mais au fardeau ^» Il avait juré d'être, à tout prix, le type du prêtre exemplaire; il le devint, sans avoir à faire autre chose que demeurer digne de lui-même.
Bienveillant dans ses relations, mais toujours grave dans sa tenue, il ne cessa de garder, avec l'austérité de la discipline, la fermeté jalouse des vieilles mœurs. Ce fat au point que les esprits d'une humeur i)lus facile en avaient pris occasion de le railler. De là, cette épigramme, qui voulait être méchante, mais qui parut manquer de vérité plus encore que de fraîcheur. Elle avait déjà tant servi ! « C'est du marbre, disait-on, il en a bien les qualités : froid, dur et poli. »
En réalité, Christophe de Beaumont ne fut jamais ni froid ni dur ; il se contenta d'être régulier et sérieux^ de vivre sans reproche et d'appliquer sans défaillance au devoir les heures qu*il aimait à refuser au plaisir. Quant à sa « politesse, » elle était celle d'un homme qui sait son monde ; mais elle eût dédaigné de s'arrêter aux confins de la simple courtoisie, cette « sœur de la charité, » comme parle saint François d'Assise. Aussi les pauvres la confondaient-ils avec la charité même, et tous ceux qui le virent si prodigue de sa bourse et de son cœur n'auraient pu Taccuser d'être avare que de son temps.
Cependant, les nouvelles qui arrivaient de Lyon semblaient faites pour le presser de se mettre en route, s'il voulait tenir sa promesse d^assister à la clôture des réjouissances du jubilé. De complaisants amis ne lui
1 « Hi sunl qui non ambiondo, sed spiritualiter vivcndo , saccrdolium meruerunt; quos non inflammat honor acceptus, sed exercet labor împosilus; qui non excellenliam suam cogitant provecti, aed sarcinam. » {De vita activa elericorum, c. ii.)
48 UNE MISSION d'un MOIS.
avaient rien laissé ignorer des manifestations qui s^étaient déjà produites et de celles qu'on annonçait pour le dernier jour : tout récemment encore, le P. Dominique de Colonia venait de lui adresser, sous forme d'hommage, le livre dans lequel l'ingénieux écrivain donnait la description, très détaillée, du curieux monument érigé sur la Saône pour le bouquet final du feu d'artifice. L'épître dédicatoire, transmise à chacun des chanoines-comtes, portait ces mots : « Ce petit ouvrage, qui vous appartient à tant de titres, et qui n'a été entrepris et exécuté que par vos ordres, ne doit aussi paraître que sous vos auspices. »
D'autres jésuites, il faut le dire, contribuaient plus efficacement que leur confrère lyonnais * au véritable triomphe des fêtes religieuses. AjDpelés par Mgr de Rochebonne à évangéliser pendant un mois six des principales églises de la ville ^, ils ne s'étaient épargnés d'aucune sorte, afin d'atteindre par leur apostolat toutes les classes d'hommes. Le P. Segaud avait ouvert à Sainte-Croix, le dimanche 23 mai, les exercices de la mission générale. Le peuple, qui se précipitait pour l'entendre, déborda bientôt par toutes les avenues. On pouvait craindre des malheurs. L'organç janséniste, obligé de constater ce « concours prodigieux, » va même jusqu'à parler de «plusieurs personnes blessées» dans la foule ^.
W Né à Aix ea Provence, le 22 août 1660, Dominique de Colonia mourut à Lyon le 12 septembre 1741, après avoir résidé cinquante ans dans cette ville. »
* Sainte-Croix, Saint-Paulj Saint-Nizior, Saint-Pierre des Terreaux, l'Hôpital, la Charité. — « Monseigneur fait les frais de cette mission et donne aux Jésuites 6,000 livres pour le voyage, le séjour et le retour de trente de leurs missionnaires. » {Revue du Lyonnais^ nouvelle série, IV, p. 410.)
' Nouvelles ecclcnastiques de 1734, p. 145.