APPROBATIONS. XIII
est honnête et sacré. L'archevêque ne s'en émeut ni ne s'écarte dé la voie droite; et, chaque fois que le vent d'orage qui l'a poussé au loin, tourne, et le ramène au milieu des siens, il y est reç\i aux acclamations enthousiastes de son peuple et de son clergé, et on le salue d'un grand nom : on l'appelle VAthanase de son siècle.
Il me semble, mon Révérend Père, qu'en ce peu de mots, j'ai résumé le jugement que vous portez sur le grand archevêque dont vous avez écrit la vie.
Mais quels fruits, cependant, l'Église a-t-elle recueillis de son glorieux épiscopat ?
Ah ! sans doute, le flot montant du mal a submergé la digue que Christophe de Beaumont avait tenté de lui opposer. N'importe, remercions le Seigneur d'avoir, en ces jours si mauvais, donné à son Église un tel évoque.
Il a, du moins, été une grande et noble voix pour défendre la cause du juste, et protester hautement contre l'impiété envahissante.
Lorsque les Jésuites succombent sous l'effort combiné du jansénisme et de la philosophie, il ne craint pas de se faire leur éloquent et courageux avocat. Le mandement qu'il publie pour eux est écrit en lettres d'or dans les archives de la Compagnie. Et, lorsque les coryphées de la philosophie, se décidant à lever le masque, attaquent ouvertement les croyances et tous les principes de l'Église, c'est lui également qui dénonce au monde leurs sacrilèges entreprises.
Enfin, le dernier acte de sa vie est l'énergique refus qu'il fait d'accorder à Voltaire les honneurs de la sépulture chrétienne.
Or, de telles protestations ne sont pas seulement le cri de la conscience indignée contre l'iniquité qui triomphe, elles ont encore leur écho dans l'avenir ; l'impartiale histoire leur fait droit et leur donne raison ; et celui qui, pour un grand nombre de ses contemporains, ne fut, il y a cent ans, qu'un prêtre fanatique, est historiquement aujourd'hui le grand évêque du xviiie siècle.
Il vous eût été difficile, mon Révérend Père, de nous retracer l'histoire de Christophe de Beaumont, de raconter les luttes qu'il a soutenues pour la liberté de l'Église, et les oppositions sans nombre qui n'ont cessé de contrarier son action, sans jeter, çà et là, un regard sur l'état présent de notre pays. Vous l'avez fait avec une discrétion extrême, et je tiens à vous imiter.
Comment, cependant, ne pas reconnaître que, si le jansénisme n'est plus pour nous qu'un souvenir historique, l'esprit haineux et tracassier de cette secte est loin d'avoir déserté nos régions parlementaires ? Comment ne pas voir que la libre-pensée, devenue à l'heure qu'il est franchement athée et matérialiste, plus hardie et plus maîtresse qu'au xviuc siècle, s'enseigne dans les chaires de l'État et dicte ses lois au pays ?
Ah ! certes , nos erreurs modernes , les défaillances dont nous sommes témoins, les doctrines immondes et impies qui bourdonnent à nos orefUes,