‹ Christophe de BeaumontChapitre 90 sur 368 · LA JOURNÉE DE DETTINGEN · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DE DETTINGEN

La province n'avait pas tardé à être envahie par les mêmes bruits sinistres, qui allaient grossissant toujours, exagérant à plaisir les proportions d'un désastre déjà trop lamentable.

On connaît cette journée fameuse de Dettingen, dans laquelle Noailles avait un moment réussi à bloquer Tarmée anglo-allemande a comme un loup pris au piège. » L'emportement irréfléchi de son neveu, le lieutenant général duc de Gramont, renversa les chances d'une victoire certaine lorsqu'il vint se jeter comme un fou, avec sa division, entre les Anglais et les batteries françaises de la rive gauche du Mein , qui mitraillaient l'ennemi depuis trois heures. Vainement Gramont cherche à réparer par des actes de bravoure sa téméraire indiscipline, vainement une partie de la Maison du roi multiplie les prodiges de valeur, le régiment des gardes lâche pied, la plupart des miliciens et des recrues se débandent pour gagner à la nage l'autre bord, n'emportant avec la vie sauve que le ridicule bénéfice du sobriquet dont on les affubla*. Les plus vaillants gentilshommes avaient péri en cette rencontre; on* en releva un très grand nombre mortellement blessés.

L'anxiété des familles s'aggrave par l'eibsence même de nouvelles sûres, car les lettres manquent, ordre ayant été donné à la poste de l'armée d'intercepter tous les courriers^. La préoccupation ne pouvait être moins générale dans les provinces, où les fausses ru-

1 On les appela les Canards du Mein. Il est juste de. rappeler que les officiers méritèrent qu^on leur épargnât cette moquerie. « Tous s^étaient fait tuer. »

* Journal de Barbier^ t. III, p. 454. — Le roi avait répondu au duc de Noailles, qui lui recommandait le silence : c Je garderai le secret que vous

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