REFUS DE SACREMENTS
semblable « délit. » La discussion n'eut pas le temps de tourner à l'aigre. Christophe de Beaumont, en quelques mots très fermes et très nets, rendit un compte si plausible des motifs qui l'avaient guidé, que les avocats se déclarèrent pleinement édifiés et satisfaits.
Outrés de ce qu'ils appellent la « mollesse » des solliciteurs, les jansénistes de Bayonne jurent de faire plier l'évêque ou de pousser le bruit jusqu'au scandale. Ils devaient en être pour leurs menaces et leurs débours. Après deux ou trois essais infructueux d'intimidation, des actes juridiques sont brusquement signifiés à l'abbé de Lissalde, curé delà cathédrale, pour le sommer « d'administrer ou de faire administrer les sacrements» à Dailenc. Lissalde avait sa consigne : inflexible comme son évêque, il protesta d'incompétence, ne s'inquiétant pas davantage de ces actes qu'il déclare entachés de nullité.
Le malheureux avocat n'en persista pas moins dans son aveugle obstination : il mourut, au bout dé quelques jours, sans avoir été réconcilié avec la sainte Église. C'était le cas, pour le parti, de tenter une « manifestation. » On s'efforça bien de la provoquer à l'occasion des obsèques, mais tant de zèle fit long feu et l'épreuve avorta misérablement. Les conimunautés religieuses de la ville , qu'on avait invitées à grossir le cortège , déclinèrent, sans plus de façon, une offre qui ressemblait à une injure : la triste cérémonie fut présidée par un seul prêtre, tous luminaires éteints. Il ne devait pas y avoir de sonnerie, aux termes des ordonnances en vigueur; mais, par un sentiment « de condescendance et de commisération, » Mgr de Beaumont ordonna que l'on tinterait le glas de la cloche funèbre. Il avait été , du reste ,
CONDUITE DE L'eVEQUE. 93
singulièrement affecté de ce triste événement , et plusieurs fois , dans la suite , il en témoigna une sensible peine. Paris lui réservait, en ce genre, de tout autres déboires.
« La manière dont Tévêque avait agi dans cette affaire produisit la meilleure impression sur l'esprit des Bayonnais. On louait publiquement sa modération et sa charité; on était touché de la douleur dont il avait paru pénétré, quand il s'était yu contraint, par l'obstination de M; Dailenc, d'user contre lui de mesures de rigueur; on le plaignit d'avoir été forcé d'y recourir. Ce sentiment fut même si général, que les jansénistes n'osèrent pas trop se récrier contre le prélat. Ce ne fut que plus tard, comme M. de Beaumont était déjà depuis plusieurs années archevêque de Paris, qu'ils s'avisèrent d'attaquer dans leurs écrits sa conduite envers ce jeune avocat, travestissant sa douceur et son affabilité en dissimulation, et ses soins pour réprimer leurs menées en esprit de tracasserie ^ »
On lit, en effet, dans les feuilles de la secte, ce propos tenu par un chanoine de Bayonne, le sieur Salvat Saint- Pé : « M. de Beaumont, que Dieu nous donna pour nous éprouver, est un homme -fort agréable^, mais tracassier naturellement, voulant faire paroitre avoir de la peine de celle qu'il fait lui-même aux personnes de bien^. » Et il cite en preuve «la vexation exercée contre M. Dailenc. »
Pour apprécier ce que vaut ici l'autorité du chanoine bayonnais, il suffira, je pense, de transcrire une ligne
1 Vie de M. Daguerre^ p. 211.
' « Il l'était alors ! » gémit ici, entre deux crochets, lo gazetier janséniste.
* .VottucWe* ecclésiastiques do 1750, p. 185.