‹ Christophe; ou, Cinq pour un, vaudeville en un acteChapitre 22 sur 24 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

PICHELIN, CHRISTOPHE.

PICHELIN.

Mademoiselle, revenez à vous. . . reprenez vos sens.

CHRISTOPHE, rouvrant les yeux.

Où suis-je ?

PICHELIN.

Près de moi.

Près d'un inconnu. . . ciel ! et dans quelle situation ! . . . moi qui ai une antipathie mortelle pour tout ce qui est équivoque.

PICHELIN.

N'êtes-vous pas en sûreté dans mes bras .''

Quoi ! j'étais dans vos bras I. . . A la bonne heure. . . ce me tranquillise. . .

PICHELIN.

Naïveté charmante ! . . . Combien je suis heureux que M. Vergeomel n'ait pu vous suivre !

Ne me parlez pas d'un homme que je déteste. . .

PICHELIN.

Il a cependant le privilège de vous offrir ses hommages.

Ses hommages I. . . c'est bien équivoque. . . Comment l'entendez-vous?

PICHELIN.

N 'est-il pas votre amant?

Ah! monsieur. . . quelle humiliation pour moi!

PICHELIN.

Vous- pleurez?

C'est là le malheur de ma profession. . . Quand on a dit danseuse. . on croit avoir tout dit. . . Si ce monde, rempli de préjugés » savait pourquoi je suis danseuse !»v Pourquoi suis-je danseuse '{

PICHELIN.

Mais. . . pour danser. . . et pour plaire, j'imagine.

Ah ! que c est bête!... Non, monsieur. . . je possède

une famille nombreuse j'ai un père , une mère , trois

tantes , deux oncles , des petits frères , sans compter le

reste. . • Et c'est pour les nourrir que j'ai été forcée

Oh I ne me regardez pas. ( Elle cache sa figure. )

PICHELIN , voulant écarter ses mains»

Mademoiselle ! . . .

CHRISTOPHE , lui donnant un coup sur les doigts. Ne me regardez donc pas, vous dis-jc. .. Je dois être |)ourpre. . . hein ?

PICHELIN.

Mais non . . . Vous avez été forcée ? . . .

D'écouter les discours de ce Vergeomel.

AïK du vaudeville de la Piété Filiale.

Pour mes parens , c'est mon bon cœur

Qui lui servit à me séduire:

M'offrant chevaux , voiture , cachemire , El diamans... entin, c'est une horreur!

Un tel oubli de la morale Me re'voltait.

Vous avez par vertu , Tout refuse'.

J'ai tout reçu...

Mais par pie'te' filiale.

PICHELIN.

A^h ! vous avez accepté !

Oui , mais en jurant de le détester toute la vie.

PICHELIN.

C'est d'une belle ame.

Et j'ai tenu parole. . . C'est un gros despote. . . et je déleste les gros despotes C'est lui qui a été cause de l'esclandre d'hier au soir.

PICHELIN.

Ah I oui ... ce jeune homme.

Un scélérat.

PICHELIN.

Je vous dirai à mon tour que scélérat est bien équivoque. Comment l'entendez-vous?

Ah ! que c'est bêle! on ne peut donc rien vous cacher?

PICHELIN.

Vous l'avez reçu. . . la nuit. . .

Eh bien I oui. . . je le recevais. . . Mais pourquoi le recevais-je?

PICHELIN.

Dam!

Ah ! que c'est bête !. . . toujours par ce même sentiment dont je vous ai parlé.

PICHELIN.

Pas possible !

Il s'était offert pour avocat dans un procès de famille... 11 est très éloquent. . . mais le recevoir eu plein jour ! . . . . les propos... la médisance. . . j'ai pensé qu'il était plus décent de le faire venir la nuit.

PICHELIN.

Vous avez un procès ? ... Je puis vous servir.

Vous?

PICHELIN.

Greffier du tribunal , lié avec tous les juges. . . « Nourri dans le sérail , j'en connais les détours. » CHRISTOPHE.

Oh ! nep arlez pas de sérail. . . Voilà encore un de ces mois . . . Vous disiez donc ? • . •

PICHELIN.

Je disais que je puis vous aider à gagner votre procès... mais qu'en revanche vous me laisserez gagner le mien auprès de vous.

Ça n'est pas clair.

PICHELIN.

J'ai l'espoir que mes vœux . . .

Parlez sans équivoque.

Eh bien ! que vous m'aimerez.

Puisque vous n'exigez rien de contraire à mes principes. . .

PICHELIN.

J'en suis incapable. . . et, pour commencer. . . un petit dîner , ici , tout à l'heure.

Ici? . . . Quel scandale !.. en plein air !

PICHELIN.

Nous prendrons un cabinet particulier.

Du moment que les mœurs sont à couvert. . . .

PICHELIN.

Vous acceptez?... Je vais commander le dîner. . . et savoir en même temps. . . où en est la poursuite du fugitif.

CHRISTOPHE , à part.

Diable ! relenons-le encore • • • ( Haut. ) Pichelin. . . Pi-

chelin. . . ( Pichelin s'arrête cl reoieni. ) Un instant je

réfléchis. . . Ce soir. . . je joue à l'Opéra un rôle assez difficile.

PICHELIN.

Dans quel ouvrage?

Dans la Tentation.

Vous y ferez un effet d'enfer.

Ah ! que c'est bêle ! . . . vous croyez ? . . . J'ai pourtant peur de ne pas retrouver mes poses dans ma grande scène.

PICHELIN.

Si je pouvais vous être utile?. . . Avant d'être magistrat, j'avais fait une étude particulière de la danse ... et ici, en iêle à tête . . .

Vous deviez être înléressant. . . C'est au moment de la création de Miranda . . . Vous connaissez l'ouvrage !

PICHELIN.

Oui , madame. . ■

Voulez-vous avoir la bonté de faire le diable.

PICHELIN.

Pour vous on s'y donnerait volontiers.

Ah ! que c'est bête .

(7/ se place et danse un pas oi^ec Pùheii'n.)

Air (le danse.

(Musique de M. Hormille.) (^ Api es la danse, Pichelin transporté s'écrie: Ah! je n'y tiens plus. . . il faut qu'un baiser. . . {Christophe s'échappe^ Pichelin le poursuit.)

Un baiser ! . . . fi, l'horreur !

PICHELIN.

Laissez-moi du moins prendre cette fleur qui orne vos cheveux.

Finissez , mauvais sujet.

PICHELIN.

Oh ! je l'aurai malgré vous. ( En arravhant la fleur , la perruque lui reste dans la main.')

Le diable vous emporte.

PICHELIN.

()ue vois-je r" Christophe! . .

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