SCÈNE IV
CHPJSTOPHE , CÉCILE , PICHELIN.
CHRISTOPHE, en costume de cuisinier^ sort du restaurant ; il tient d'une main une casserole et de l'autre une brochure.
N'avez-vouspas remarqué que ce doivent être de grandes dames?. . Avez-vous remarqué ces riches habits, ces voix si douces, ces regards si faux?... ce sont de grandes dames.. . Voyez- vous ! elles nous ont fait chercher ia nuit par une femme vieille et voilée! . . ohl ce sout de grandes dames. Elles nous ont accueillis avec tendresse. . . ce sont de grandes dames I . . Elles ont à table oublié le ciel et la
terre, ce sont de grandes dames I Elles ont oublié
toute pudeur. . . oh! ce sont de très-grandes dames!.. . et si je sors de ces Uenx , je jure de £;épandre partout
CÉCILE
Eh bien î prenez donc garde - . .
Dieu! ma gelée au rhum que j'apportais au grand air, pour la faire refroidir plus vite.
CÉCILE
Vous ne vous corrigerez donc jamais?
Que voulez-vous ?. . j'étais là dans la Tour de Nesîe.
CÉCILE
Je vous en prie, monsieur Christophe, soyez plus attentif, surtout dans ce moment-ci, où la vigilance est si nécessaire.. . Enfin, l'autre jour, on a dérobé, presque sous vos yeux, deux couverts d'argent à la cuisine.
Vraiment!
CÉCILE , à PicheUn.
11 faut vous dire , monsieur Pichelin , que celte rue est exploitée par une bande de voleurs.
PICHELIN.
Parbleu! je le sais bien.. . et c'est même à cet égard-là que je venais.. .
CÉCILE
Ainsi, Christophe, promellez-moi d'abord de ne plus vous occuper de théâtre. . . c'est ce qui vous perd.
Renoncer au théâtre. .. vous ne savez donc pas ce que c'est que le théâtre , Cécile .''.. Moi , quand je vais au spectacle , et que je vois un comédien, ce qui s'appelle un vrai comédien , un artiste... je suis là. . . le cou tendu, la bouche béante, je ne respire pas... je suffoque I . . je ris , je pleure... je suis comme un insensé.
CÉCILE
Dites plutôt comme un imbécille , qu'on renverra d'ici , et adieu notre mariage !
Tenez, Cécile, venez seulement après -demain à la banlieue.. . je joue dans trois pièces. ( PicheUn va s'asseoir auprès d'une des tables qui sont le long du mur, à droite. )
Air de Marianne.
Vous me verrez, ma p'iit' Ce'clle, Remplir plus d'un nW «liffe'rent;
Je fais le pèr' dans un vaudVille , Dans un aatre je fais l'amant.
CÉCILE
C'est bien aimable , C'est admirable !
Vous n'craignez guèr' d'exciter mon courroux.
CHPiISTOPHE.
Allons , ma chère , Point de colère...
Je m'corrig'rai , cela de'pend de vous. Renonçant pour jamais au drame , A tous mes rôl's jeunes et vieux ; Je n'joùrai plus qu'les amoureux Dès qu'vous serez ma femme.
CÉCILE
Kh ! bien , j'exige que dès aujourd'hui. . .
Cécile, c'est impossible... j'ai fait faire des costumes lout exprès.
CÉCILE
C'est à cela que vous employez votre argent.
Laissez-moi seulement vous les montrer. . . Ils sont là , dans ma chambre.
CÉCILE
Allez, monsieur! c'est affreux !.. . vous ne voulez en faire qu'à votre tête.. . ça suffit.. . Mais qu'il ne soit plus question de rien entre nous.
Cécile, vous me poignardez. . . ma parole d'honneur !
CÉCILE
Laissez-moi. . . je vous défends de me suivre. ( Elle rentre dans le restaurant. )