SCÈNE V
CHRISTOPHE, PICHELIN.
riCHELiisf , se levant.
Allons , la voilà partie Et moi qui venais prendre
auprès d'elle des informations.
Les femmes ne comprennent rien aux arts libéraux.
( ïo)
PICHELIN.
Dis-moi, Christophe, n'avez- vous pas, ce matin, un grand dé jeûner ?
CHKISTOPHE.
Oui, un déjeûner de jeunes gens. . . C'était pour eux. la gelée au rhum.
PICHELIN.
Combien de convives ?
Sept OU huit, à ce qu'on m'a dit. (^Déclamant. ) Ce sont de grandes dames. . .
PICHELIN, V interrompant.
Eh! non. . . ce sont des jeunes gens. . . oui, c'est bien cela. . . A midi?
Midi précis. . . On m'a bien recommandé de ne pas faire attendre.
PICHELIN.
Plus de doute.
Pourquoi me demandez-vous ça ?
PICHELIN.
J'ai lieu de croire que parmi ces jeunes gens il y a un des voleurs de la bande.
Vraiment?
PICHELIN.
Cette nuit, une tentative a eu iieu dans la maison que j'habite , n" 23 , chez M. Bargeot le banquier , qui demeure au premier, au-dessous de moi 11 est venu me
trouver ce matin ; et, comme je suis lié avec des magistrats, des autorités , et mcnic des chefs de bureau de la préfecture.. . il m'a supplié de l'aider dans ses recherches.. . J'y ai consenti d'abord , dans l'intérêt général. . . Ce quartier du FauLourg-Saiiil-Honoré devient toutes les nuits le rendez-vous des malfaiteurs, et chacun doit faire ses efforts... Sans compter que M. Bargeot a une très-jolie femme , à laquelle je ne suis pas fâché d'être agréable.
Comment! vous croyez que parmi ces jeunes gens. . . ?
J'en ai presque la certitude mais il ne m'échappera
pas. . . Je vais me rendre à la préfecture.. . je demande
deux ou trois limiers actifs et intelligens , et je les envoie ici C'est bien le diable s'ils ne finissent pas par découvrir . . .
Comment! vous allez faire venir ici. . . ? Permettez. .. Si on apprenait dans le public. . . ça pourrait faire du tort au restaurant.
PICHELIN.
Je n'ai pas d'autre moyen.
Peut-être. .. Attendez. . . Oui , c'est cela. . . Je me charge de tout.
PICHELIN.
Toi!. . . Je ne comprends pas.
CHRISTOPHE , à part.
Ils verront, les attires, si l'état de comédien n'est pas bon à quelque chose. ( A Piche/in, ) Un mot seulement. . . Cette nuit, n'avez-vous rien entendu ?... Le bruit a dû vous réveiller.
PICHELIN.
Chut! . . . cette nuit, je suis rentré fort tard.
Encore quelque amourette.
Précisément. J'avais dit à ma femme de ne pas m'altendre, sous prétexte qu'un travail important me retiendrait au greffe.
Fort bien. . . et vous n'avez rien vu ?
PICHELIN.
Rien . . . D'abord j'ai la vue basse. . . c'est assez l'usage dans la magistrature . . . Thémis a toujours un bandeau.
Elle ferait mieux de porter des besicles. . . Car enfin , si vous n'avez rien vu , rien entendu , et que vous n'ayez aucun indice , aucun renseignement. . .
PICHELIN.
Si fait , un seul... cette lettre que le banquier a trouvée sur son balcon.
A merveille.
PICHELIN,
Malheureusement i'adresse est déchirée.
CHRISTOPHE , prenant le papier.
C'est dommage !. . . Voyons toujours. ( // lit.) Une invitation à déjeûner.
PICHELIN.
Dans ce restaurant.
Pour ce matin même ... ça me suffit. . . prenez vos mesures en conséquence. . .
PICHELIN.
Je vais m'en occuper . . . George , mon domestique , est déjà à la porte. • . et si tu en as besoin. . .
Ne construit-on pas dans votre maison?
PICHELIN.
Tout à côté.
C'est cela J'ai vu une charpente , un échafaudage..*
J'ai là mon plan... C'est comme un dîner à trois services.
AMÉDÉE , en dehors au fond.
Par ici messieurs ! par ici I
PICHELIN.
Des jeunes gens!
Ce sont eux, sans doute. . . Suivez-moi.. . Je vais dire au second chef de me remplacer à la cuisine.. . et puis je monte à ma chambre pour exécuter mon projet... Venez... vous sortirez par l'autre porte.
( Ils sortent tous deux par la porte à gauche , à côté de celle du restaurant.