LA DOUBLE ALARME
clama hautement les prouesses de son jeune ami, non sans donner quelque blâme à son impétueuse témérité , qui , selon lui , aurait pu compromettre le succès : Christophe, disait-il, n^avait échappé que par miracle à une mort certaine , il avait follement risqué une vie précieuse à la patrie; tandis que lui se flattait d'avoir aussi bien servi son pays , en usant toutefois d^un peu plus de prudence.
Christophe apprit alors que le baron s'attribuait rhonneur d'avoir rendu le troisième jour un important service par une habile négociation. M. Plumet ne manquait point d'excellens témoignages à l'appui de ses prétentions : plusieurs bouches le portaient aux nues , et Christophe en croyait à peine ses oreilles , quand le baron lui dit en souriant et en se rengorgeant :
« Je vous l'avais bien dit , moi , que j'étais des vôtres , et que je ne demandais pas mieux que de vaincre ! i>
Il était heureux pour lui que Pierre Renaud ne fût pas là en cet instant; car sa parole rude et inflexible eût donné un terrible échec à la vanité du baron. Pendant que les ambitieux se pressaient sur le seuil de l'Hôtel- de-Ville et du Palais-Royal, Renaud marchait à la tête du peuple sur Rambouillet. Il avait cependant adressé une demande personnelle au]nouveau 2. 17
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Gouvernement , mais toujours en vue de Tintérêt général. Partageant les craintes sérieuses d'un grand nombre sur les dispositions des esprits en Vendée , et surtout dans la partie de la Bretagne voisine de la route que Charles X allait probablement suivre avant de s'embarquer, il s'oflPrit pour contenir la population des départemens suspects , et demanda d'être investi des pouvoirs nécessaires. Christophe en informa le baron : celui-ci avait de bons motifs pour éloigner Renaud ou pour acheter son silence au prix d'un service : aussi , promit-il d'appuyer avec chaleur cette pétition auprès d'un de ses amis , membre du gouvernement provisoire. Il lui écrivit sur-le-champ et , lorsqu'il eut reçu la réponse , il vint trouver Christophe , et lui apprit d'un air radieux , que, suivant toute apparence, il serait fait droit à la demande de son oncle:
« Je me flatte, dit-il, que je n'aurai pas nui au succès, et vous pouvez me rendre à cet égard bon témoignage. Il faut convenir qu'il n'a pas été gracieux pour moi , le cher oncle , il y a quelques jours , et d'autres, à ma place , lui garderaient rancune ; mais il faut pardonner quelque chose à l'exaltation du combat. Jamais, j'en suis sûr , il n'aurait parlé ainsi de sang froid ; d'ailleurs nous sommes vieux amis , et