VIII. — Morale. Idée du péché
Pour pénétrer un peu dans la conscience babylonienne, il faut citer un texte assez long tiré d'une incantation où, dans le but d'éliminer un mal, on
cherche à découvrir quel est le péché, cause du mal.
Incantation. [Je vous invoque], grands dieux,
[... dieu et] déesse, seigneurs de la délivrance,
[Pour un tel, fils d'un] tel, dont le dieu est un tel, la déesse
[une telle, ... qui est malade, inquiet, troublé, affligé. A-t-il offensé son dieu, offensé sa déesse? A-t-il donné un refus au lieu d'une promesse, une pro-
[messe au lieu d'un refus?
A-t-il séparé du père le fils, A-t-il séparé du fils le père, A-t-il séparé de la mère la fille, A-t-il séparé de la fille la mère?
A-t-il séparé de la belle-mère la belle-fille, A-t-il séparé de la belle-fille la belle-mère? A-t-il séparé le frère de son frère?... A-t-il refusé de relâcher un captif, de délivrer un en-
[chahié?...
N'a-t-il pas péché contre un dieu, n'a-t-il pas offensé une
[déesse?
A-t-il affligé un dieu, méprisé une déesse ? Y a-t-il faute contre son dieu, manquement envers sa
[déesse?
Violence contre son aïeul, haine contre son frère aîné? A-t-il méprisé père et mère, offensé sa sœur aînée? donné en petit, refusé en grand, dit oui pour non, dit non pour oui?...
A-t-il employé une balance fausse ?
S'est-il servi d'argent faux, pas servi d'argent vrai? A-t-il déshérité un fils légitime, établi un fils illégitime? A-t-il tracé des limites fausses, pas tracé des limites justes? A-t-il franchi (?) bornes, frontières, limites? Est-il entré dans la maison de son prochain? S'est-il approché de la femme de son prochain? A-t-il versé le sang de son prochain?
A-t-il volé l'habit de son prochain?
S'est-il élevé contre un supérieur?
cin.iSTUS. 34
530 CHAPITRE XH.
A-t-il eu la franchise en sa bouche et la fausseté dans son
[cœur ?..
A-t-il enseigné des choses ténébreuses, a-t-il fait savoir ce
[qu'il ne faut pas?...
A-t-il trempé les mains dans la magie et la sorcellerie ? Est-ce pour une faute grave qu'il aurait faite, pour les péchés nombreux qu'il aurait commis? pour une société qu'il aurait dispersée, pour une famille bien unie qu'il aurait désunie ? Est-ce pour tous les mépris qu'il a pu avoir pour son dieu
[et sa déesse?
Aurait-il promis de cœur et de bouche sans tenir sa pro-
[messe?
Aurait-il, dans une offrande, méprisé le nom de son dieu ? Aurait-il retenu ce qu'il aurait consacré?...
(H. ZiMMERN, Beitràge zur^ Kennlnis der babylonischcn Religion. Deuxième tablette Surpu.)
Ces païens n'avaient donc pas le sens moral trop perverti, et même, sur quelques points, ils n'étaient pas dépourvus d'une certaine délicatesse de conscience. Cependant, quoi qu'ait prétendu Fried. Delitzsch dans ses brochures Babel und Bibel, les Babyloniens et les Assyriens étaient loin d'avoir sûr la nature du péché une conception aussi profonde que celle qu'on rencontre chez les Israélites. « La grâce du dieu miséricordieux, dit avec raison Fried. Jeremias, résultat recherché et espéré de la prière, n'est que la délivrance de la maladie. C'est ce que signifie la rémission des péchés. Guérir et pardonner sont des synonymes. C'est en partant de là qu'il faut juger les concepts de faute et de péché, de miséricorde et de pardon. » Un savant assyriologue et historien des religions, Tiele, jugeait également que Babyloniens et Assyriens « n'étaient pas encore ar-
LA RELIGlOiN DES BABYLONIENS ET DES ASSYRIENS. 531
rivés à distinguer nettement entre le péché et les suites du péché ». Ils sentaient que le mal dont ils souffraient était le châtiment d'une faute ; et ils ver grettaient la faute en tant que cause de leur propre mal ; ils s'humiliaient pour apaiser le dieu irrité ; c'était la crainte servile. Les regrets et la supplication s'exprimaient d'ailleurs en des plaintes fort touchantes :
Les fautes que j'ai faites, je ne les connais pas...
Le Seigneur dans la colère de son cœur m'a regardé,
Le dieu dans la fureur de son cœur m'a visité...
Je cherche (du secours) ; nul ne me tend la main ;
Je pleure, et près de moi je ne trouve personne.
Je crie; personne ne m'entend.
Triste, gisant à terre, sans lever les yeux.
Vers mon dieu miséricordieux je me tourne en gémissant.
, Le suppliant ignore parfois la faute dont il s'est rendu coupable ; ou il ne sait pas quelle divinité il a offensée; et, pour ne point risquer d'omettre justement celle-là dans ses invocations, il implore le « dieu inconnu », la « déesse inconnue ».
Le texte suivant publié par K. D. Macmillan rappelle les sentences des Proverbes :
ÎN 'ouvre pas la bouche, garde ta lèvre,
Quand tu es en colère, ne dis pas un seul mot :
D'avoir parlé trop vite tu te repentirais plus tard;
En réprimant (tes) paroles tu n'affligeras pas ton âme'.
Tous les jours offre à ton dieu
Sacrifice, prière et encens convenable;
Devant ton dieu sois avec un cœur pur (?).
Car c'est là ce qui convient à la divinité.
Prière, demande et prostration
Le n^alin, présente-lui. ..(?)...