‹ ChristusChapitre 140 sur 284 · Hébr., XII · texte numérisé non relu

Hébr., XII

L'entreprise est de celles qui semblent défier les forces humaines. A qui le considère historiquement, le christianisme ne présente pas moins de trois aspects principaux : c'est une doctrine^ c'est une voie^ et, suivant l'expression audacieuse et vraie de Newman, c'est un partie Doctrine de Jésus, voie de Jésus, parti de Jésus, ce sont ces trois aspects d'une même réalité complexe qu'une histoire de la religion chrétienne doit considérer dans leur développement au cours des siècles. C'est dire que pour ne laisser dans l'ombre aucune manifestation importante, elle devrait comprendre et l'histoire du dogme, etl'histoire delà morale, de la piété, du culte chrétiens, et l'histoire de la vie extérieure de la société ecclésiastique : encore faudrait-il noter les actions et réactions réciproques de ces divers éléments.

1. « On dédaigne ouvertement ce qu'on appelle « religion de parti », mais le Clirist a certainement fait d'un parti le véhicule de sa doctrine. » (Newman, Oxford Univers ily S^ermons, ix, 20). Quand on parle du parti de Jésus , on ne veut pas dire que la religion chrétienne, dans la pensée de son fondateur et dans celle des vrais clireiiens, ait jamais dû, en droite apporter le glaive sur la terre, diviser l'humanité en deux camps, et rendre « ennemis de l'homme ceux qui habitent sa maison » (Matth., x, 36). C'est en fait, et à raison des mauvaises dispositions des hommes que Jésus lui-même, et, après lui la société de ses fidèles, ont toujours été « signe de contradiction » (Luc, n, 34). En droit, le christianisme est essentiellement univer^aliste {Matth., xxvm, 19; Marc, xvi, 15 ; Rom., m, 29, etc.), et l'une des raisons pour lesquelles il a été si combattu, c'est justement qu'il se présentait comme la voie de salut indispensable pour tous. On a cru pouvoir, malgré le sens péjoratif qui s'attache souvent au mot parti, suivre l'exemple de Newman et user de ce terme, parce qu'on n'en a pas trouvé qui suggérât mieux le rapport essentiel de la doctrine chrétienne à une personne lustorique continuée par une société visible. Mais pour être du parti de Jésus dans l'esprit de Jésus, il faut, premièrement, n'oublier jamais que les armes propres de ce parti sont l'endurance et l'amour; secondement, souhaiter sans cesse le jour où la religion cessera d'être en fait un parti, où la Cité de Dieu rassemblera ceux qui s'égarent dans la Cité du diable et où l'Église. militante « sera le genre humain ».

Les pages qui suivent n'ont point la prétention d'épuiser un sujet inépuisable, elles n'ont d'autre ambition que d'y faciliter une toute première initiation, d'aider à distinguer les époques de la religion, les moments essentiels du développement chrétien. Dans cette esquisse, large place a été faite aux individus marquants, aux « grands hommes ». En cette matière, mieux peut-être qu'en aucune autre, on saisit tout ce qu'a de trompeur et de creux le procédé qui consiste à faire abstraction des grands hommes, à dire que, sans eux, la course des événements n'eût pas été sensiblement différente, parce qu'elle se développe suivant je ne sais quelle loi de fatale évolution que toute l'affaire de l'histoire serait précisément de dégager. Tout au contraire, les grands saints et héros du christianisme ont été, qu'ils le voulussent ou non, qu'ils préchassent surtout l'obéissance ou surtout la liberté, des maîtres spirituels : leur idée de Jésus, leur « intelligence du mystère du Christ » a été l'instrument dont la Providence s'est servie pour exercer une influence décisive, sinon exclusive, surle développement de la religion après eux. Saint Augustin a mis sur tout le christianisme occidental une empreinte qui ne s'est pas effacée; saint François d'Assise a formé à son image tout un peuple d'enthousiastes et de croyants; le fond solide de presque toutes les publications pieuses du catholicisme contemporain, c'est le christianisme tel qu'il a été compris par saint Thomas d'Aquin, par saint Ignace de Loyola, par saint François de Sales, par la bienheureuse Marguerite-Marie. Transmis par leurs disciples aux fervents ou au clergé, et détaillé ensuite aux foules, leur idéal est devenu bien commun, a stimulé

LA RELIGION CHRÉTIEN^E. OSl

le zèle de générations entières; on ne cesse, assurément, de Fenrichir, mais on en vit encore aujourd'hui. Ainsi, même pour comprendre la vie religieuse des âmes moyennes et des masses, il est toujours utile de revenir à ces figures dominatrices.

Le lecteur a pu déjà s'apercevoir et s'apercevra dans la suite que, entre toutes les sociétés chrétiennes anciennes ou modernes, nous avons toujours eu directement en vue l'Église catholique. L'idéal religieux des sectes dissidentes n'a été noté que dans la mesure où il pouvait servir à faire comprendre le développement de celui de la « grande Église ».

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