‹ ChristusChapitre 146 sur 284 · Matth.y V · texte numérisé non relu

Matth.y V

LA RELIGION CHRÉTlEiNx\E. 693

jour où les choses se passeraient comme Jésus disait. Sur cette terre renouvelée, ils brilleraient comme la lumière du monde. On observerait la loi jusque dans ses prescriptions les plus minutieuses, avec une plus juste exactitude que les scribes mômes et les pharisiens. Il y aurait des tribunaux sévères, qui condamneraient les hommes pour un emportement de colère et pour un seul mot insultant. On laisserait son offrande devant l'autel pour courir se réconcilier, au moindre souvenir qu'on aurait fâché son voisin. Non seulement Ton ne divorcerait seulement plus à son gré, mais de jeter sur une femme un regard de désir, ce serait aussi grave que l'adultère Tétait à présent. On ne jurerait plus, on dirait seulement oui et non. On chasserait les démons comme le Maître; on ferait des prodiges en son nom; on n'aurait qu'à prier pour être exaucé. Serait-ce cela le royaume? Et, pourtant, quand il faisait luire aux yeux des hommes cet avenir mystérieux, ce beau temps où sa loi serait connue et pratiquée, le Maître, — comme si les doux n'eussent plus été eux-mêmes s'ils n'avaient plus eu rien à souffrir des autres, — le Maître supposait qu'on vivrait encore parmi des injustes et des violents. On serait battu, et il faudrait tendre l'autre joue ; réquisitionné, et il faudrait marcher sans excuses et aller plus loin qu'on n'était commandé. Cet avenir si étrange devait apparaître aux disciples comme au travers d'une brume, et on peut croire qu'ils avaient une certaine difficulté à en mettre d'accord les différents traits. Si les lecteurs d'aujourd'hui n'ont pas de peine à interpréter dans un sens tout moral le Discours sur la montagne, et n'y voient que l'atti-

tude d'âme prescrite par Jésus à son disciple dans un monde mauvais, c'est que tout l'enseignement chrétien subséquent, et déjà l'enseignement parabolique du Christ lui-même, ont nettement séparé les deux temps du royaume, la bonne voie et la bonne nouvelle, la morale et l'eschatologie.

U enseignement parabolique. La bonne nouvelle. — Comparé à l'enseignement parabolique, le Discours sur la montagne est parfois considéré comme une exposition plus vraie et plus complète de ce que Jésus voulait. Le Maître aurait été forcé par l'inintelligence des foules et le mauvais vouloir des pharisiens à cacher sa pensée sous le voile de ces petites fables, qu'il laissait à comprendre à ses auditeurs ^ , ne les dépouillant de leur envelope énigmatique que dans le cercle de ses amis. Ce sont des incidents, des scènes comme celle de l'homme à la main desséchée 2, qui, en marquant la rupture avec les pharisiens, auraient marqué aussi la fin de la première manière du Maître. Les évangélistes, au moment de l'inauguration du genre parabolique, ne semblent-ils pas indiquer comme raison de ce changement de style, les mauvaises dispositions des auditeurs 2? La religion de Jésus à l'état pur et clair serait donc à chercher dans le Discours sur la montagne, ce serait le vin nouveau dont n'ont pas voulu les docteurs d'Israël, habitués à boire du vin vieux'*. Jésus n'aurait renoncé à son

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