‹ ChristusChapitre 147 sur 284 · Luc, V · texte numérisé non relu

Luc, V

premier genre que pour ne pas continuer à jeter des perles devant des porcs.

Bien que ces considérations renferment une part incontestable de vérité et puissent expliquer la forme énigmatique des paraboles, il faut bien avouer, pourtant que, par leur contenu, ces dernières, tout aussi bien que les enseignements du Christ donnés à ses seuls disciples, représentent un progrès par rapport au Discours sur la montagne. L'idée du Royaume s'éclaircit, et l'on voit, plus nettement que dans le Discours, apparaître la distinction du siècle présent et du siècle futur. Au premier plan, se détache la vie terrestre, pour laquelle il ne faut pas espérer le parfait bonheur : c'est la voie, la voie étroite de l'endurance, de l'humilité et de la douceur, où l'on marche après un maître qui connaît déjà l'insuccès et la peine, et à qui de plus rares souffrances sont réservées. Au second plan, c'est la perspective de la gloire espérée, perspective qui semble parfois infiniment lointaine et parfois infiniment proche, perspective, en tout cas, séparée de la vie présente par un abîme, puisque entre l'une et l'autre se place la soudaine révélation du grand ]our.

On sait ce qui s'y passera ; les paraboles le disent, en parfait accord avec cette prophétique homélie qu'on appelle le « Discours eschatologique », et où s'enclavent d'ailleurs certaines des plus importantes d'entre elles, celle des vierges, celle des serviteurs, celle des talents. Maintenant bons et méchants sont mêlés. Mais un grand coup fera cesser ce mélange. Comme l'éclair illumine tout d'un coup le ciel, du levant jusqu'au couchant, tel sera l'avènement du

Fils de l'homme'. Les anges viendront et sépareront les justes d'avec les pécheurs^. « Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père^. »

Discours eschatologique et paraboles définissent d'une manière toute semblable la relation de l'enseignement moral de Jésus avec la croyance en la parousie. <c Veillez, lisons-nous dans saint Marc, car vous ne savez pas le temps. C'est comme quand un homme part en voyage et laisse sa maison à ses domestiques ; à chacun il doiine son ouvrage, et au portier il commande de veiller. Veillez donc, car vous ne savez quand le maître de la maison reviendra, le soir, à minuit, au chant du coq ou au matin ; quand il arrivera à l'improviste, qu'il ne vous trouve pas à dormir^. » Une comparaison semblable est développée plus au long dans saint Luc et dans saint Matthieu : « Si le mauvais serviteur dit en son cœur : mon maître tarde j s'il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire, à s'enivrer, alors le maître de ce serviteur reviendra au jour qu'il ne l'attend pas, à l'heure qu'il ne sait pas; il le séparera et le mettra avec les impies : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents ^. » Veiller, c'est bien vivre; festoyer, c'est mal vivre; le retour du maître, c'est la parousie. Le sens de la parabole, c'est donc qu'^V faut être bon, pour être du bon côté quand viendra le grand Jour, Le juge-

Page 1