‹ ChristusChapitre 163 sur 284 · Marc, xiii, 32; Matth., xi · texte numérisé non relu

Marc, xiii, 32; Matth., xi

3. Matth., X, 37 ; Marc, x, 29. — Remarquer, d'autre part, avec quelle force Jésus condamne les casuistes pharisiens, qui prétendaient dispenser d'une observation sérieuse du quatrième commandement, en y substituant des pratiques de dévotion {Marc, vu, 10).

\. Marc, n, b.

U. Matlh., xxY, 32.

c'est lui qu'on trouvera au bout, et c'est lui qu'on veut aimer en voulant bien faire.

De son secret, il faut parler comme de sa voie. Certes, Jésus enseigne avec puissance. Jamais il ne doute qu'il ne possède la vérité. Jamais son affirmation n'hésite. Jamais il ne se montre « respectueux des opinions d'autrui ». Mais la réflexion sur les textes évangéliques montre que s'il annonce un mystère dont il est sûr, c'est qu'il annonce un mystère qui le concerne. Attendre la fin du monde, c'est l'attendre lui-même, c'est attendre son retour. La « consommation du siècle », c'est sa venue, sa présence, sa manifestation'. Enfin le secret suprême, n'est-ce pas de « connaître le Père », de « savoir qui est le Père » ? Or on ne connaît ce mystère qu'en participant à la conscience du Fils- : connaître Jésus, c'est connaître Dieu.

En résumé, donc, si le christianisme est une voie, Jésus n'en est pas seulement l'initiateur, mais l'aboutissement. Si le christianisme est un mystère, Jésus en est l'objet, et non pas seulement le dépositaire. La morale qu'il enseigne revient à dire : imitez-moi. Le secret qu'il révèle consiste à dire : Attendez-nïoi. On ne doit donc pas s'étonner qu'à ceux qu'il voulait tirer des paraboles et conduire à la pleine intelligence du royaume de Dieu, il ait un jour posé la question suprême en leur demandant : Qui suis-je P

Qui était-il? Assurément, il était homme, ni fan-

1, Matth., \\]\, 3.

2. Matth., XI, 27. Cf. Luc, x, 23. C'est le passage connu sous le nom

de « l'aérolitlie joanoique » au milieu des Synoptiques. — Cf. inf'ra, p. 716, n. 4,

tome, ni esprit. Les disciples nomment sa mère Marie; les habitants de Nazareth l'ont vu grandir et peiner à la tache dans l'atelier du charpentier Joseph. 11 a suivi leurs caravanes quand elles montaient à Jérusalem pour la Pâque, et l'on se souvient encore qu'à un de ces voyages, alors qu'il était enfant, il s'est perdu dans la ville sainte. Homme, il l'est vraiment et d'une humanité exquise. Devant la nature, il a les sensations fraîches et naïves des âmes encore vierges. Il admire les lis des champs, plus richement vêtus que Salomon dans toute sa gloire, il s'est arrêté à voir la poule rassembler ses poussins, il a suivi la croissance des blés, regardé les femmes moudre leur mesure de farine, et les pêcheurs jeter leur filet dans le lac, et quand il parle aux foules en paraboles, les images jaillissent vives et spontanées d'un trésor dès longtemps amassé. Et comme il vibre au contact d'autres hommes! 11 a des sympathies soudaines et des tendresses durables; parmi les Douze il distingue des apôtres préférés à qui il réserve certains spectacles plus intimes de gloire ou de souffrance, la transfiguration et l'agonie ; parmi ces préférés euxmêmes il s'est choisi un disciple bien-aimé, qu'au jour de l'épreuve suprême il serre plus tendrement sur sa poitrine. L'hypocrisie des Pharisiens le met en véhémente indignation, leurs contradictions provoquent son ironie nuancée de tristesse ; devant la mort brutale et lâche, il éprouve les dégoûts profonds, mornes, indéfinissables, de tout homme qui se sent homme. Et pourtant il sait ce qu'il y a dans l'homme, et avec la même simplicité qu'il se dit plus grand que David, Salomon, Jonas et le temple,

il se met au-dessus des Anges ^. Un mot résume tout ce qu'il y a de plus caractépistique, de plus intime, de plus personnel en lui : il est le Fils. Les prophètes envoyés par Dieu dans l'Ancien Testament n'étaient que des serviteurs ; il est le fils unique et bien-aimé ^. Les autres hommes doivent s'efforcer à devenir les fils de Dieu ; en lui la filiation ne suppose ni effort ni progrès, pas plus que la filiation de Simon à l'égard de son père Jean. Et encore cette filiation de Simon a-t-elle eu un commencement; la filiation de Jésus n'est jamais présentée comme née en un point de l'espace et du temps. Et parce qu'il est le fils unique, Jésus est aussi le seul révélateur du Père : « Tout m'a été donné par mon Père, et personne ne connaît le Fils sinon le Père et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et ceux à qui le Fils veut le révéler 3. » Réciprocité parfaite et exclusive de connaissance entre le Père et le Fils, tel est l'énoncé direct de cette parole du Seigneur, mais cette réciprocité fondée sur ce que l'un est le Père et l'autre le Fils, suppose une relation unique de nature entre les deux termes, « un rapport unique en son genre et que l'on peut dire transcendant ^ ». Quel est ce rap-

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